Roger de Weck, bien connu comme «euroturbo» et qui, depuis des années, voit le salut de la Suisse dans l`UE, n’a pas pu faire autrement que de mettre en garde un parti pour lequel tout rapprochement avec l`Union européenne est diabolique, à savoir l’UDC. Dans l’avenir, elle fera tout, je dis bien tout, pour empêcher que les producteurs de programmes «soufflent dans le cor politique» du chef. Lui, de son côté, avant même d’être entré en fonction, va jusqu’à affirmer qu’il pourra, dans sa fonction de directeur général, faire lui-même des programmes, comme Roger Schawinski l’a toujours fait dans son émission «Talk täglich» sur sa chaîne régionale TeleZüri et qui allait jusqu’à s’interviewer lui-même, quand il ne disposait pas, au moment où il en avait justement besoin, d’un hôte à faire monter les quotas.
Le directeur général a des fonctions totalement différentes. Il doit veiller à ce que la concession, telle que la définit la loi sur la télévision et la radio, soit respectée; il doit veiller à ce que les six chaînes de télévision et les 18 programmes de radio disposent de moyens suffisants pour pouvoir remplir leurs tâches à un niveau acceptable, et ceci dans les trois langues du pays, dans les quatre, si l’on inclut le romanche. Il doit représenter la SSR idée suisse au niveau international, il doit créer un climat qui continue à permettre la conclusion d’accords de coopération avec les établissements importants de nos pays voisins. Grâce à ces accords de coopération, les programmes suisses ont pu, jusqu’à présent, être alimentés avec des émissions qui sont produites à l’étranger, par des chaines de nos pays voisins. Ici, je pense à des polars que les chaines ARD et ZDF mettent à notre disposition, la plupart du temps même en avant-première, en quelque sorte une subvention indirecte de la SSR par des chaines allemandes.
Et la tâche de loin la plus importante du directeur général, c’est de rendre possible aux producteurs de programmes de pouvoir remplir leurs contrats de programmes d’une façon indépendante, aussi dans des périodes où le climat politique devient plus rude.
Pour l’instant, la question de l’Europe est au centre des discussions. Les uns se réjouissent du fait que l’Union européenne est l’objet de critique, qu’elle risque même de se désintégrer. Ils font remarquer qu’ils ont toujours su que l’UE n’avait pas de base suffisamment solide. Les modérés se font des soucis pour nos partenaires les plus importants de l’UE. Notre succès économique dépend fondamentalement du fait que nos pays voisins, la plupart membres de l’UE, continuent à pouvoir acheter nos produits et à utiliser nos services dans la même mesure, qu’ils continuent aussi à prendre leurs vacances dans notre pays, même si le franc suisse devient toujours plus fort.
C’est justement maintenant qu’une discussion objective sur l’Europe serait nécessaire. Oui, particulièrement maintenant, au moment où aussi des intellectuels, comme par exemple l’écrivain hollandais Leon de Winter, réclament le retour à la CEE, l’Communauté économique européenne. De Winter, qui ne veut pas reconnaître que lui, un hollandais travailleur, doit « se sentir solidaire avec les grecs ». Les grecs auraient eux-mêmes fabriqué leur crise, «ils voulaient aller à la retraite tôt, ils voulaient se faire dorloter par l’Etat, les employé(e)s de l’Etat voulaient un 13ème et même un 14ème mois. Merveilleux. Made in Greece. Mais pas à nos frais». Pas seulement le terme démocratie vient de Grèce, mais aussi les mots crise et chaos, écrit-il dans un essai remarquable publié dans la revue hebdomadaire «Der Spiegel».Nous, en Suisse, nous nous identifiions à la Confédération, une communauté de solidarité. Pendant ces dernières 162 années, depuis la fondation de l’Etat fédéral suisse en 1848, nous avons appris et aussi pratiqué ce à quoi l’UE ne réussit pas encore, à savoir être responsable l’un vis-à-vis de l’autre. Les cantons forts soutiennent les faibles grâce à la nouvelle péréquation financière, nous avons accueilli le nouveau canton du Jura, financièrement faible, dans le sein de la Confédération. Les petits cantons de la Suisse orientale produisent beaucoup moins de coûts de santé que les habitants des cantons romands. Dans le canton Bâle-Ville, il existe beaucoup plus de personnes qui reçoivent une rente AI que dans le reste de la Suisse. Naturellement, ces questions font, à juste titre, toujours l’objet de débats, mais ce n’est pas à cause d’elles que la Suisse se brise.
L’Europe ne peut pas encore en être arrivée là, les contrastes entre les pays du nord et ceux du sud sont trop grands, les mentalités trop différentes, la relation par rapport à l’Etat trop différente. Les habitants du nord de l’Europe ont en règle générale une relation marquée par la responsabilité par rapport à l’Etat. Au sud, c’est souvent un sport populaire de truander les autorités. Cela ne peut pas fonctionner, du moins pas encore de façon satisfaisante.
Nous aussi, en Suisse, nous avons besoin d’une nouvelle discussion sur l’Europe. En 1992, nous avons refusé, à une majorité extrêmement faible, de rentrer dans la CEE, la Communauté économique européenne. Malheureusement. La Norvège et la principauté du Liechtenstein ont fait le pas; ils ont adhéré à la CEE. Avec succès. Ils ont une relation clairement définie avec l’UE et nous, nous avons dû et nous continuons à devoir passer par le chemin pénible des contrats bilatéraux.
Selon mon point de vue, dans la situation actuelle, le temps serait propice pour une nouvelle tentative de rentrer dans la CEE. En effet, une adhésion à l’UE est, étant donnée la crise actuelle de l’euro, encore plus remise à un avenir lointain. Les responsables des programmes de la SSR idée suisse pourraient lancer la discussion. Le nouveau directeur général de la SSR pourrait la rendre possible, il devrait la stimuler, mais il ne doit pas la diriger lui-même. En tant qu’«euroturbo», il ne pourrait être qu’un handicap.
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