L’Etat, père de tous les habitants de notre pays, notre Etat, protecteur et tuteur autoproclamé de ses sujets, cet Etat ne m’aime plus, veut se débarrasser de moi, et met même sciemment ma santé en danger.
Hypocritement, il essaie de me faire comprendre, qu’il agit pour le bien de ses sujets et pour ma propre protection, en promulguant la nouvelle loi sur la défense de fumer.
En été, aucun problème pour « ne fumer qu’à l’extérieur ». L’on se retrouvait gaiment sur les terrasses des jardins ou des cafés de boulevards, pour discuter, boire et fumer. Comme d’habitude dans l’ambiance décontractée et joyeuse, peu nous importait la défense de fumer. Mais maintenant que l’automne revient avec son temps maussade, brumeux et venteux, la situation est toute différente.
Nous autres accrocs, payeurs d’impôts sur le tabac, sommes bannis impitoyablement hors les murs de nos cafés préférés. Dehors ! Forcés de passer des agréables 25° de la salle du bistrot aux 10° à l’extérieur en cette saison. Entrer, sortir, rentrer, etc. … C’est peut-être bénéfique pour garder la ligne, mais avec de pareils changements de température, plutôt néfaste pour notre santé. Les fabricants de mouchoirs en papier doivent s’en frotter les mains. Nous avons des refroidissements à répétition !
Jean, notre ami romand dit justement : « cette circulation stupide nuit gravement à notre santé ».
Le personnel de service est lui aussi fortement menacé. Quand je pense à notre serveuse Sylvia, dans mon bistrot préféré…Lorsqu’elle était encore une employée non protégée, qui avait l’autorisation de s’en griller une derrière le comptoir, elle respirait la santé ; aujourd’hui elle vivote. Son petit nez rouge signale un début de rhume, sa voix enrouée révèle un refroidissement déjà bien tenace. Depuis qu’elle est obligée, pour échapper à la protection de l’Etat, d’aller devant la porte, le temps froid et humide lui portent préjudice comme aux gens autour d’elle. C’est en grelottant, qu’elle aspire quelques bouffées sous le préau, vêtue de sa petite blouse à manches courtes, qui ne la protège pas de l’humidité. On ne va tout de même pas exiger, qu’elle enfile chaque fois son manteau en fourrure synthétique, lorsqu’elle sort pour quelques instants !
Fort de tout ce savoir et inquiet de perdre à plus ou moins longue échéance nombre de mes amis et compagnons d’infortune à cause d’une pneumonie, ou pire, d’une trachéo-bronchite, j’ai décidé de créer un Fondation. Une Fondation destinée à protéger mes compatriotes devant l’Etat. Sens et but de l’opération sont clairs. Nous accusons l’Etat, de mettre en péril notre santé. Comme président du conseil de la Fondation, je verrais bien une personnalité du genre fumeur de cigares, de la stature d’un Zino Davidoff.
Evidemment, cette institution nécessiterait des fonds. Des non-fumeurs, sensibles au bien-être de compatriotes accrocs à la fumée, seraient les bienvenus comme donateurs. Dès que nous disposerons de suffisamment de moyens, nous déposerons notre plainte au Tribunal européen des droits de l’homme à Strasbourg.
La collecte de fonds débute ces prochains jours. Ne manquez pas de lire les annonces y relatives dans les grands journaux quotidiens. Vous pouvez également verser votre obole directement sur mon compte. (Le numéro du compte vous sera communiqué par la rédaction.)
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