En effet, l’été fut à la fois chaud et froid. Il le fut surtout en bourse.
Et pourtant, tout semblait aller pour le mieux, malgré la crise de l’euro, malgré la hausse incessante du franc suisse et malgré les virulents discours et débats outre-Atlantique. Les bourses restaient imperturbables.
Or voici qu’une agence de notation, la Standard & Poor’s, jette le pavé dans la mare en affichant une moins bonne note à la solvabilité de toute l’Amérique. C’est le début de la tourmente. La panique gagne la bourse. On y solde tout ce qui ne paraît pas sûr.
Ainsi, l’hebdomadaire allemand « die Zeit » titre-t-il à la une : « la peur engendre la peur» et d’y relater la stupeur qui s’empara des agents investisseurs d’une des plus grandes banques d’investissement de Londres. Ce lundi matin, ils trouvèrent sur leurs écrans la consigne de leur direction : se débarrasser à n’importe quel prix de tout titre à risques et surtout ne pas en acquérir d’autres. Ce ne fut pas un cas isolé, bien au contraire.
Les cours ne finissaient pas de s’écrouler. La semaine passée, la cote était au même niveau que l’année 2008. Serions-nous de nouveau revenus à la case départ ? Pourtant, depuis 2008, les cours s’étaient vigoureusement relevés avec une tendance à la hausse. La crise semblait si loin. Et maintenant. À la fin de la dernière journée boursière, on signalait un relèvement soutenu des cours. Revivra-t-on le marasme économique des années 30 du siècle passé ? Sommes-nous à la veille d’une véritable crise ? Ou alors aurons-nous droit à une crise tous les deux ou trois ans ? Nous l’ignorons et nous pouvons tout au plus le pressentir et espérer que la hausse de vendredi dernier perdure quelque peu.
Allez savoir ! Les économistes, ceux qui savent tout, sont eux aussi réduits à la spéculation, mais ils le font d’une façon plus réservée. On ne sait pas encore à qui faire porter le chapeau, c’est un va-et-vient entre politiciens et économistes, plus précisément entre économistes financiers et politiciens.
Les économistes américains, eux, enjoignent l’UE à enfin se muter en état fédératif et à transformer les économies nationales existantes en une économie homogène. D’autres favorisent l’idée que l’Allemagne, seul pays de l’EU dont la solvabilité est encore intacte, devrait s’attaquer au problème et redresser l’Europe entière. Que les états qui ne pourraient pas suivre seraient éliminés du cercle de l’euro, comme la Grèce et l’Irlande. À quand le Portugal, l’Espagne ou, pourquoi pas, l’Italie ?
Et la Suisse dans tout ça ? John Taylor, manager d’une des plus importantes gérances américaines de fonds spéculatifs, les fameux « hedgefonds », est persuadé que la Suisse est le seul pays en Europe capable de rembourser ses dettes, tout comme les Etats-Unis d’ailleurs, momentanément chahutés, mais dont la base économique reste, selon lui, intacte. Toujours d’après John Taylor, seuls deux pays de l’EEE ne sont pas endettés et donc solvables : la Norvège et le Lichtenstein. Chaque citoyen de ces pays, bébé compris, aurait, statistiquement parlant, la somme de 80'000 € à son compte.
Venons-en à la belle et fière Italie qui commémore cette année ses 150 ans d’existence et dont je suis la crise avec attention. Elle est devenue une drôle de république où celui qui trompe le fisc acquiert l’estime de ses concitoyens. Or, actuellement ça gronde et grince de partout, dans la presse, à la télévision. La bonne étoile de Berlusconi, même dans les émissions de ses propres chaînes, semble bien pâlir. Il n’est plus considéré comme l’homme de la situation. Dans les media, on parle maintenant de « governo technico », d’un gouvernement de technocrates, et non des politiciens les mieux rémunérés du monde, les politiciens italiens.
À la tête de ces technocrates, deux femmes en contradiction totale avec ces vieux de la vieille qui, pendant des décennies, ont trop longtemps dicté la marche des affaires. L’une, Emma Marcegaglia, 45 ans, dirigeant une entreprise de sidérurgie est à la tête de l’association des industriels. L’autre, Susanna Camusson, est cheffe du plus puissant syndicat de la péninsule italienne. Ironie du sort, ce sont deux femmes qui repoussent dans ses retranchements ce coureur de jupons qu’est Berlusconi. Elles veulent que toute l’Italie réagisse, que le pays s’attaque aux problèmes qu’il a lui-même générés. Dans une remarquable action menée tambour battant, Berlusconi a certes réussi le tour de force de faire passer au parlement un projet de relèvement, lourd de plusieurs milliards. Le hic est que ces mesures ne seront effectives qu’en 2014. Même en pleine crise, Berlusconi cherche encore à sortir son épingle du jeu, selon le principe : après moi, le déluge. Âgé de 74 ans, il ne sera vraisemblablement plus en fonction à cette époque-là. C’est cette manœuvre que les deux femmes veulent à tout prix contrecarrer afin d’appliquer les réformes sans plus tarder.
Même en Italie, les temps bénis du machisme semblent bien révolus. Dorénavant, les femmes sont au gouvernail. Dieu soit loué !
|
|
Twittern |