«Tous les fléaux de l’âge, comme l’oubli, la perte de mémoire, le déficit de l’attention et de la perception, l’ergotage s’abattent aussi occasionnellement sur les plus jeunes. Cependant beaucoup de ces maux ne frappent pas nécessairement les personnes atteignant un grand âge. La sclérose atteint sa cible quand elle veut et où elle veut». (Hans Weigel)
Ce bouquin est paru en 1980. À cette époque, seuls les géronto-psychiatres employaient les vocables: dépression, Alzheimer, démence. On disait de ma grand-mère Catherine qu’elle était un peu gâteuse.
Dans les média d’autrefois, on mentionnait souvent les «élites de la société». Or, il ne s’agissait pas, comme aujourd’hui, de grands managers et superstars de tout genre, de richissimes et puissants magnats.
On avait alors beaucoup plus besoin de modèles à suivre, de savoir-vivre et de bienséance.
Ce besoin fut comblé par des gens qui furent considérés comme l’élite de notre pays. Leur manière de vivre et leurs œuvres écrites sur le tard en particulier y contribuèrent. Ainsi heureux celui qui put se sublimer dans son œuvre, comme par exemple Hermann Hesse avec «Le jeu des perles de verre» paru en 1943 ; ou Knut Hamsun qui publia son titre «Sur les sentiers où l’herbe repousse» à l’âge de 90 ans; ou bien Goethe qui commença son œuvre «Les années de voyage de Wilhelm» dès 1807 et l’acheva en la mettant sous presse en 1821.
Bienheureux qui comme Marc Chagall créa sa plus importante œuvre tardive, les vitraux de l’église Saint-Etienne de Mayence, entre 1978 et 1985; comme Stéphane Hessel, sociologue et philosophe de 93 ans, qui fournit un sujet de réflexion universel avec son travail «Indignez-vous», ou comme Astrid Lindgren, auteur de livres pour la jeunesse, qui âgée de plus de 70 ans sut concevoir le roman «Ronja, fille de brigand» qui alla droit au cœur des enfants.
Giuseppe Verdi, octogénaire, et Joan Miró connurent leur apogée durant les dernières décennies de leur vie grâce à leurs compositions tardives, des œuvres débordantes de vitalité et de beauté.
Albert Einstein, décédé en 1955, travailla jusqu’à sa mort pour essayer de concilier la théorie de la mécanique quantique et celle de la relativité et obtenir la «théorie du tout».
Ceux et celles qui restent en pleine possession de leurs moyens et peuvent consciemment mobiliser leurs forces et leurs ressources pour rester fidèles à eux-mêmes et au monde en mutation, à un âge même avancé, sont des privilégiés.
Thomas Mann écrivit «Le Mirage» à l’âge de 78 ans. Henri Pestalozzi publia son ultime grande œuvre «Le chant du cygne » au même âge. Simone de Beauvoir, philosophe et féministe, sortit «La cérémonie des adieux» en 1981. Le prix Nobel Pablo Neruda, connu pour sa poésie sensuelle et passionnée, écrivit des poèmes d’amour jusqu’en 1973.
Comme nombre de mes lecteurs, je pourrais facilement citer encore dans ces pages les noms d’innombrables personnalités qui nous ont légué des œuvres tardives: Hildegard von Bingen, religieuse bénédictine; Albert Schweitzer; les prix Nobel Marie Curie et Alva Myrdal; les écrivains Gottfried Keller et Theodor Fontane; les romancières Courths-Mahler et Agatha Christie; la pacifiste autrichienne Berta von Suttner; la modiste française Coco Chanel; Voltaire, philosophe des lumières; le théologien Karl Barth; les philosophes Kant et Ernst Bloch; les compositeurs Beethoven et Heinrich Schütz; des scientifiques comme Isaac Newton et Jacques Cousteau.
Trêve d’énumération de personnalités célèbres. Rendons à présent hommage à tous ceux et celles qui, par monts et par vaux, âgés de 60, 70, 80 ans, nous ont légué leurs œuvres de vieillesse tout en restant anonymes ou presque.
Ceux qui s’investissent bénévolement dans la vie associative, culturelle, sportive ou politique en y apportant tout leur savoir et toute leur érudition sont aujourd’hui innombrables.
Bénévolat des anciens?
Oui au bénévolat des anciens! Leur engagement s’étend des petits services que l’on se rend entre voisins, aux associations d’entraide et de travail caritatif jusqu’à une activité au sein d’un comité de défense des citoyens ou d’une organisation humanitaire telle que Caritas ou la diaconie. Citons aussi Attac et Greenpeace, les partis politiques, les syndicats et les églises. On trouve des bénévoles partout où il est question de protection de la nature, de l’environnement ou des animaux. Ils sont également présents là où l’on distribue des repas pour les plus démunis, là où il faut soulager la misère. Le bénévolat est aussi très répandu dans les comités de fondations et d’associations.
L’élite, c’est qui?
Héribert Prantl, chef du département de politique intérieure de la «Süddeutsche Zeitung», définit la vraie élite comme celle qui affiche son engagement citoyen et contribue efficacement au fonctionnement de la démocratie. Et d’ajouter: «Les bénévoles sont une valeur inestimable de notre société. Quand nous parlons d’engagement civique, nous parlons de comportement. C’est lui qui fait la force de notre société. Celui qui donne de la force à la société fait vraiment partie de son élite.»
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