Consommation

L’Appétit des agglomérations

L’Appétit des agglomérations

Alimenter une grande ville n’est pas une mince affaire. Les Londoniens consomment 8000 tonnes d’aliments chaque jour ; la plus grande partie étant produite et récoltée dans de courts délais.

allimentations-paysans

Dans le passé les grandes villes utilisaient de grandes surfaces permettant la production de légumes dans leur territoire adjacent. Maintenant Londres importe 80% de ses aliments d’outremer ; les pommes de Nouvelle Zélande, les légumes d’Afrique et la viande du Brésil. Il en va de même pour plusieurs autres grandes villes.

Cette façon de faire a provoqué des réactions. Un grand nombre de consommateurs considèrent comme scandaleux les grandes distances parcourues par leur pitance quotidienne ; un repas normal voyage pendant 3000 kilomètres avant d’être consommé ; ces gens souhaitent un retour à la production locale. Pendant ce temps, dans les pays pauvres, les villes champignons disposant d’infrastructures défaillantes et de gouvernements faibles se montrent incapables de mettre sur pied l’importation de l’alimentation dont ils ont besoin.  

Il en résulte une tendance mondiale vers l’agriculture urbaine. Incapables ou ne voulant pas se fier à des sources alimentaires éloignées, de nombreuses villes s’autoalimentent en grande partie, de façon jamais même imaginée par les urbanistes.* L’agriculture urbaine est une activité primordiale de la plupart des grandes villes émergentes du monde. Selon les données de l’ONU, 15% de l’alimentation mondiale est actuellement produite dans les zones urbaines ; ce chiffre est en augmentation.

Au moins un billion de citadins, autour du monde un tiers de la population, consacrent chaque semaine du temps au jardinage, afin de participer à l’alimentation de leur famille, ou pour la vente dans les marchés locaux. La grande demande émanant des populations urbaines en croissance rapide signifie que ces cultivateurs des villes peuvent retirer de plus grands revenus que leurs cousins campagnards et qu’ils investiront dans des systèmes novateurs afin de pousser le rendement de leurs petits lopins.

En Inde, à Kolkata, 20.000 personnes cultivent sur les anciens dépôts de vidange maintenant riches en compost ; ils élèvent également des carpes dans des réservoirs alimentés par les égouts municipaux.

À Lima au Pérou, on élève des cochons d’Inde, pour leur viande, dans des installations squattées ; à Nairobi au Kenya, les poulets sont engraissés dans des cages accrochées aux murs des appartements ; à Haïti les gens cultivent des légumes dans de vieux pneus de camion ; Sarajevo la capitale de la Bosnie a survécu à son siège du début des années 1990 en cultivant ses terrains abandonnés ; au Royaume Uni, les citadins produisent des fruits et des légumes sur 300.000 parcelles urbaines.  

À Shanghai , l’immense ville champignon chinoise, environ un tiers des terres à l’intérieur des limites urbaines est encore utilisé pour l’agriculture, et au moins un million de ses habitants continue le travail de la terre. La ville produit pratiquement tout le lait, les œufs et une partie de la viande et des légumes dont elle a besoin, ainsi que 2 millions de tonnes de grain annuellement.
« Les prix sont élevés sur les marchés, ainsi les fermiers peuvent s’enrichir » selon un scientifique de l’ Université Agricole de Nanjing. « La population se déplace afin de venir travailler ici. » 

Les systèmes novateurs de culture en émergence incluent la culture hydroponique ; les racines des plantes sont immergées dans un liquide nourricier servant à les alimenter. Cette technique est populaire à Singapour, à Bogotá en Colombie ainsi qu'à Montréal au Canada. La terre n’étant pas obligatoire pour ce type de culture, ceux qui font la culture sur leur toit l'ont rapidement adoptée.

La culture urbaine comporte également d’autres avantages, dont un accès à une abondante réserve de fertilisant gratuit compris dans les effluents urbains. La épandage d’excréments humains est rarement pratiqué maintenant. Toutefois, selon un chercheur de  « International Water Management Institute » installée au Sri Lanka, 10% des cultures irriguées dans le monde sont simultanément irriguées et fertilisées grâce au produit malodorant émanant des conduites d’égout des villes. Il ne faudrait pas bannir ou ignorer ces pratiques, mais plutôt les rendre sûres en en éliminant les pathogènes tout en conservant les éléments nutritifs pour les plantes.

La culture urbaine crée des espaces verts, recycle les déchets, diminue les coûts de transport, prévient l’érosion des sols et est favorable au microclimat.

Traduit du New Scientist du 17 juin 2006.