Démographie oblige, les travailleurs suisses sont toujours plus âgés. Pour financer l’AVS, on agite régulièrement le spectre d’une hausse de l’âge de la retraite. Mais le travail des aînés n’est pas sans impliquer des problèmes de santé publique. Et donc des coûts. En vieillissant, on tolère moins bien certaines contraintes, physiques par exemple. Le monde du travail doit donc évoluer en conséquence. David Kursner, médecin du travail à l’IST, fait part de son inquiétude. « L’argent, c’est le nerf de la guerre. Et comme ni l’État ni les entreprises ne veulent vraiment s’engager, c’est la santé de l’employé qui risque de trinquer. Pourtant, c’est un investissement qui paie ! »
Avec le temps, certaines professions peuvent devenir de plus en plus pénibles. Problèmes articulaires et musculaires sur les chantiers, tolérance moindre au stress dans les bureaux… « Il est difficile d’isoler des symptômes spécifiques du vieillissement au travail, explique David Kursner. Notre message, c’est que chaque métier doit faire l’objet d’une évaluation des risques. »
Toute une série de mesures peuvent être prises pour adapter l’environnement de travail aux aînés. Par exemple, tenir à l’écart les personnes vieillissantes de tâches trop lourdes, isoler les produits dangereux, améliorer l’ergonomie… Enfin, il est souvent possible d’adapter l’organisation du travail, en évitant par exemple de soumettre les aînés à des horaires nocturnes ou trop irréguliers – cause démontrée d’accidents cardio-vasculaires.
« Les entreprises basent leur action sur des aspects individuels, comme le port du matériel de protection ou l’incitation à des habitudes de vie saines, analyse David Kursner. Ces mesures ne devraient venir qu’en dernier lieu. Il faut privilégier les autres axes de prévention. »
Le médecin cite en exemple la Finlande, qui dès les années 80 a anticipé le problème du vieillissement. La France et l’Allemagne auraient aussi de l’avance sur la Suisse, notamment grâce à une meilleure culture de santé au travail. « En Suisse, les choses évoluent très lentement. On se bat sur l’âge de la retraite, mais il n’y a aucune anticipation en termes de santé au travail. En tout et pour tout, nous n’avons que 90 médecins du travail FMH. En France, ils sont des milliers, qui suivent régulièrement les salariés. »
L. P.
Source : Uniscope, UNILPhoto ©photos.com
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