Par une belle journée d’automne, je rencontre Margrit Bossart au home médicalisé „La Résidence“ de Berne. Nous nous entretenons dans la paisible cafétéria de l’établissement d’où l’on jouit d’une magnifique vue sur le jardin du centre et la ceinture bernoise de l‘Hausberg.
Roberto Binswanger (rb): Je crois qu’il n’est pas nécessaire de vous présenter aux utilisateurs de Seniorweb, vous êtes certainement une personnalité connue de tous!
Margrit Bossart (mb): Oui, je le pense. Mais, en ce moment je n’ai pas beaucoup de temps pour participer activement aux différents forums. Je lis par contre quotidiennement ce qui paraît sur Seniorweb. Pourtant, mon travail en tant que secrétaire générale du Conseil Suisse des Aînés m’absorbe beaucoup.
rb. Vous appartenez incontestablement aux politiciennes les plus profilées concernant les questions portant sur la vieillesse. Peut-on vous qualifier ainsi?
mb. Ce n’est pas si simple. En principe, je suis encore trop jeune pour cela. En effet, je suis la seule encore professionnellement active qui siège au conseil de fondation, mais il est important de renforcer et soutenir en Suisse cette politique en faveur des aînés, et ceci afin que la voix des personnes âgées soit entendue.
rb: Qu’est-ce qui vous pousse à vous engager en faveur des personnes âgées?
mb: Je vois ici un problème de fonds. La population active connaît trés peu les problèmes rencontrés par les personnes âgées, leurs besoins, leur joie et aussi les obstacles qui se présentent quotidiennement à elles . L’une de leurs plus grandes difficultés est sans doute celle de l’accès à Internet. Lorsque les gens ont accès au Net, ils ont besoin d’une aide engendrant certains coûts. Il n’y a pas de meilleur moyen qu’Internet pour rester en contact avec le monde et participer à la vie sociale – Seniorweb en est une preuve éclatante.
rb: Vous êtes conseillère de fondation de Seniorweb – Qu’est-ce qui vous motive dans votre tâche?
mb: Cela vient de mon activité antérieure. Et puis, je suis très intéressée à ce que le réseau de Seniorweb et ses multiples activités tissent des relations avec le Conseil Suisse des Aînés, ça crée de précieuses synergies. Seniorweb recueille les attentes des personnes âgées et le Conseil Suisse des Aînés peut par la suite faire pression pour que ces demandes soient entendues et peut-être aussi réalisées, par exemple sur la question de l’accès à Internet.
rb: Les conseils de fondation sont avant tout là pour surveiller et garantir le respect des buts d’une fondation. Cela semble un peu ennuyeux...
mb: Non, ce n’est absolument pas ennuyeux sur une plate-forme aussi vivante et active que celle de Seniorweb. C’est merveilleux qu‘une telle plate-forme se développe d’elle-même et que notre tâche ne consiste qu’à s‘engager pour améliorer les conditions générales.
rb: Les conseils de fondation observent pour ainsi dire du haut de leur tour comment se développe Seniorweb – êtes-vous satisfaite de son évolution ?
mb: Je la trouve absolument phénoménale!
rb: Vous avez déjà mentionné que vous vous plongiez quotidiennement dans Seniorweb. Y apportez-vous aussi une contribution lorsque vous en avez le temps?
mb: Justement, le temps me fait défaut en ce moment, mais il y aurait beaucoup de sujets. Il est important pour moi d‘avoir de très bons contacts personnels avec Alfons Bühlmann et les autres collaborateurs de la rédaction afin de pouvoir livrer la matière première qui sera ensuite traitée de manière optimale.
rb: Revenons maintenant à votre préoccupation première - surmonter les barrières digitales. Quel pourcentage de la population âgée utilise effectivement Internet?
mb: Les tout nouveaux chiffres montrent que chez les personnes de plus de 65 ans seul un modeste 22,7% utilise Internet. Il y a une énorme différence avec les jeunes de 15 à 24 ans, dans cette tranche d’âge leur nombre s’élève à 92,1%. Ces données, publiées fin 2007, sont très actuelles et proviennent de l’Office Fédéral de la Statistique.
rb: Vous vous engagez fortement pour que les personnes âgées aient accès à Internet. Pourquoi devraient-elles se démener avec ces outils modernes?
Mb: (rire) Premièrement, parce que c’est une ouverture vers la connaissance. On obtient les informations dont on a besoin, dans le domaine que l’on désire. Et l’on choisit ce que l’on veut savoir. Deuxièmement, parce que c’est une ouverture à la communication: les forums, les communautés d’intérêt, les échanges et débats d’opinion, la communauté virtuelle. Tout ça a une énorme importance pour les personnes à mobilité restreinte. A l’époque où j’étais encore présidente de l’Organisation Suisse des Patients, l‘OSP, j’avais déjà soulevé cette problématique. En ma qualité de secrétaire générale du CSA je trouve important de pouvoir rallier les intérêts convergents afin de connaître ce qui préoccupe la population âgée, quels sont ses besoins, ce qu’elle pense de certaines questions. Un exemple: pour les questions de politique de la vieillesse, je me rends régulièrement sur les forums de Seniorweb et ainsi je peux voir quelles sont les opinions en présence. Ce n’est pas très représentatif, mais cela donne de précieuses indications. Encore une chose: je prends aussi connaissance du feedback des gens et j‘obtiens par ce biais-là des informations sur l’économie, sur la société en général, sur la politique et enfin sur les attentes et les besoins des personnes âgées.
rb: Aujourd’hui les personnes qui ont eu accès durant leur vie active à un ordinateur et par conséquent à Internet restent informées lorsqu’elles arrivent à la retraite. Mais des problèmes peuvent survenir dès que les logiciels et les ordinateurs deviennent plus complexes et que de nouveaux outils apparaissent sur le marché. A un certain moment les gens décrochent et ne veulent plus apprendre de nouvelles choses.
mb: Sans aucun doute, mais ils sont peu nombreux. Les retraités sont libres de choisir ce qu’ils veulent dans Internet, ce qui leur apporte le plus. Et si l’on parle de travail bénévole, il est aujourd’hui inconcevable de l’envisager sans les structures qu’offre l’Internet. Seul Internet peut en coordonner l’offre et la demande.
rb: Si des gens n’ont jamais travaillé sur un ordinateur durant leur vie active, comment peut-on les amener à le faire après la retraite ?
mb: C’est sûrement très difficile. Nous pensons que le bouche à oreille est la meilleure publicité parmi les personnes âgées. Par exemple lorsque quelqu’un dit à un autre qu’il a cherché son horaire sur le net et qu’il l’a lui-même imprimé. A la MUBA, nous avons abordé et interrogé les gens (le projet portait le titre „Vieillir est amusant“). 93% des personnes interrogées se sont dites prêtes à suivre un cours d’introduction, à condition que ces cours soient faciles d’accès et conçus pour eux, conviviaux et d‘un niveau d‘exigence peu élevé.
rb: Vous anticipez déjà la question suivante: Les fournisseurs de logiciels et de matériel informatique doivent aussi se soucier d‘ offrir des produits adaptés à chacun.
mb: Oui, exactement. Il est très important qu’une fois que la personne a acquis une formation de base pour PC et Internet elle ne doive pas franchir par la suite d’autres obstacles. On appuie sur une mauvaise touche et le PC se plante. Il faut solliciter l’aide d‘un spécialiste que l’on paie 150 à 300 Fr. Dès lors nous demandons que des gens se rendent chez les utilisateurs et remettent en marche le PC à des prix raisonnables. Nous pouvons imaginer une sorte de consultant retraité offrant ses services au sein d’une société ou d’une organisation pour une modique somme. Au sein de la CSA – la plate-forme des deux grandes organisations faîtières des aînés, l’ASA (Association Suisse des Aînés) et la FARES ( Fédération des Associations des Retraités et de l’Entraide en Suisse) – nous examinons actuellement si les nombreuses associations de séniors s’intéressent à soutenir ce concept de „dépannage à la maison“.
rb: L’autre possibilité est le forum correspondant de Seniorweb. Là on reçoit l‘aide précieuse d’utilisateurs expérimentés pour les petits problèmes rencontrés devant le PC.
mb: C’est certainement encore une meilleure offre, car cette aide existe déjà aujourd’hui.
rb: En ce moment, nous nous entretenons dans la cafétéria d’une résidence pour seniors. Ne serait-ce pas là un lieu idéal pour commencer? Comme rendre possible l’accès à Internet dans les résidences et homes pour personnes âgées, mettre à disposition des ordinateurs et suivre des cours et de cette façon éloigner progressivement les résidents de la télévision?
mb: Absolument, il y a des exemples très encourageants et j’espère qu‘ils se multiplieront de plus en plus. Je connais différents centres de soins privés et publiques qui sont déjà actifs dans le domaine. On y propose des cours, parfois même en collaboration avec Seniorweb.
rb: Mot-clé Seniorweb : Comment peut-on accroître le nombre d’utilisateurs?
mb: La meilleure publicité reste le bouche à oreille. Les excellents articles figurant sur cette plate-forme font office d’aimant sur les gens. J’estime moi-même que les articles publiés par la rédaction, comme par exemple la couverture médiatique de notre congrès du Conseil Suisse des Aînés et sa participation record, m’ont conduite à souligner l’importance de cette couverture journaliste sur Seniorweb devant tous les orateurs et participants. Voilà comment fonctionne l’effet multiplicateur. Et ce n’est qu’une des manières de faire connaître Seniorweb.
rb: Margrit Bossart, je vous remercie beaucoup pour cet intéressant entretien et vous souhaite beaucoup de succès dans votre travail en faveur de l‘ancienne génération.
En accord avec le Conseil Suisse des Aînés, le CSA, Margrit Bossart dépose six requêtes pour favoriser l‘accès des personnes âgées à Internet :
Liens
Exposé de Madame Margrit Bossart à la conférence européenne „Learning in Later Life“ 2007 (avec présentation Powerpoint)
Interpellation parlementaire de Madame Bruderer
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