Société

Madagascar, Ile Maurice et retour en Suisse (1)

Madagascar, Ile Maurice et retour en Suisse (1)

Une rétrospective en six parties de la petite-fille volontaire d’une écrivaine suisse. Ses récits relatent sa vie passée sur différents continents.

L’île de Madagascar au sud-est du continent africain

Dans notre famille, on avait l’habitude d’écrire. Je n’ai pas reçu le don d’écrire de longues histoires. Néanmoins, je vais essayer de vous faire le récit de ma vie.

Née à Madagascar

Je suis née à Tamatave, sur la côte est de Madagascar. Mon père y travaillait pour une entreprise suisse d’import-export. C’est ainsi qu’il y séjourna les cinq premières années au nord, à Majunga, et fut transféré plus tard à Tamatave, où il devint son propre chef. C’est là qu’il fit connaissance de ma mère, de souche franco-anglaise. Mes parents se marièrent en 1940. Je vis le jour en 1942.

À ma naissance, une tache violacée ornait mon visage. Nous nous trouvions en guerre et les navires américains stationnaient autour de l’île. Un chirurgien américain examina la tache et persuada mes parents de l’opérer, afin qu’elle ne s’agrandisse pas. Je fus donc opérée à l’âge de trois mois. L’intervention fut un succès, mais mon visage ne gagna pas en charme. La tache avait disparu à jamais, mais des cicatrices restèrent. À l’âge de 16 ans, je fus à nouveau opérée et l’aspect de mon visage s’améliora. Mais j’ai gardé des cicatrices jusqu’à ce jour.

Comme mon père importait également du lait pour nourrissons «Guigoz», je fus nourrie au lait «Guigoz» au lieu d’être allaitée par ma mère. Mais un jour, à cause de la guerre, le lait ne fut plus livré par bateau et ma mère ne put plus me nourrir. Elle écrasa des coquilles d’œufs dans un mortier et y versa de l’eau. Elle me donna à boire ce lait de substitution pendant 70 jours, jusqu’à ce que je puisse de nouveau boire du lait de bébé normal. Plus tard on découvrit que je souffrais d’asthme. Je ne sais toujours pas d’où vient cette maladie, mais elle provient peut-être des coquilles d’œufs que j’ai ingurgitées étant bébé.

Vers l’âge de 1 an, je partis pour l’Ile Maurice avec ma mère pour rendre visite à des parents. Là, je reçus du bon lait et beaucoup de fruits frais broyés comme des papayes, des mangues et des avocats. Le bon goût de ces fruits m’a accompagnée toute ma vie.

Je grandis dans une famille aimante, entourée d’une gouvernante noire, d’un cuisinier et d’un jardinier. Mes parents possédaient des chevaux et vivaient évidemment dans une grande villa. Malheureusement, je ne me souviens plus très bien de cette époque.

En 1947 une guerre éclata sur l’île, opposant les mouvements indépendantistes de différents clans. Mon père décida de revenir en Suisse avec femme et enfant.

De retour en Suisse

Tous nos biens furent emballés dans des caisses et envoyés en Suisse dans un dépôt de Welti-Furrer. Mes parents et moi-même embarquèrent sur un navire à Tamatave en direction du nord. J’eus le mal de mer. Je restai allongée sur mon lit dans une cabine jusqu’à ce qu’un médecin explique à mes parents qu’il serait préférable que je monte sur le pont. Ensuite je me sentis beaucoup mieux. Notre première étape fut Djibouti. Je m’en souviens très bien parce que ça sentait mauvais, c’était poussiéreux et il faisait terriblement chaud. Le navire y resta deux jours afin de charger de la marchandise. Ensuite nous poursuivîmes notre voyage par le canal de Suez jusqu’à Marseille.

A Marseille, la tante de ma mère vint nous chercher et nous restâmes chez elle toute une semaine. Ma mère y serait bien restée pour toujours! Ensuite nous prîmes le train jusqu’à Bâle où une tante de mon père nous attendait.

La Suisse et la langue allemande

Mon père se rendit au siège central suisse de la société en Suisse romande et y obtint un nouveau poste. Il laissa ma mère et moi à Bâle. Il a fallu beaucoup d'amour de ma tante Louise pour nus faire apprécier la Suisse.

Comme ma mère n’était pas vraiment enthousiaste à l’idée de vivre dans un petit village en Suisse romande, ma mère et moi partîmes vivre à Winterthur chez mes grands-parents. Ma grand-mère était une femme plutôt distante. Elle accueillit ma mère avec une certaine froideur qui contrastait fortement avec les gens de Madagascar que nous venions de quitter. Mon grand-père parlait heureusement le français et notre situation s’améliora rapidement.

A cette époque mes grands-parents faisaient construire une maison à Ascona. Il y avait de fréquents va-et-vient entre le Tessin et Winterthur. Mon père finit par trouver un emploi chez Welti-Furrer à Zurich et nous partîmes y habiter un tout petit appartement. Je dus aller au jardin d’enfants. Comme je ne savais pas parler l’allemand tout le monde se moquait de moi. J’ai beaucoup pleuré à cette époque. Lorsque je rentrai en première, j’avais déjà bien appris l’allemand, bien qu’à la maison tout le monde parlât français.

Heureusement mes parents trouvèrent bientôt un plus grand appartement. Ma mère avait déjà fait bon nombre de connaissances à l’Alliance française et moi aussi je m’étais faite des copines de classe. J’étais une élève paresseuse et insolente. Ma mère ne voulait pas m’aider à faire mes devoirs. Peut-être ne voulait-elle pas vraiment apprendre l’allemand? Moi non plus, je n’avais pas un grand intérêt pour cette langue. Bientôt nous dûmes à nouveau déménager, mais cette fois-ci au «Zurichberg», un quartier chic de Zurich convenant mieux à ma mère.

Durant mes premières années en Suisse, nous passâmes nos vacances à Ascona, dans la maison de mes grands-parents. J’aimais particulièrement mon grand-père, un homme affectueux et indulgent. Il entreprit de me faire découvrir les merveilles de la nature, sa faune et sa flore. Avec une patience infinie, il m’expliqua chaque fleur, chaque papillon. Et il m’apprit à préserver la nature. J’ai gardé cette attitude jusqu’à ce jour. Les randonnées sur le Monte Tamaro, au Centovalli et à Cimalmotto étaient fréquentes et lorsque j’étais fatiguée, je pouvais m’asseoir sur ses épaules. Même ma grand-mère me dorlotait; mais comme elle écrivait continuellement, je ne la voyais pas très souvent.

Asthme, maux de dos et voyages intérieurs à travers mes livres et mon atlas

À 10 ans, mon asthme s’aggrava et je dus partir faire une cure dans un foyer pour enfants asthmatiques en Engadine. C’est là que j’appris à skier. Le matin nous allions à l’école, l’après-midi était réservé au sport. C’est au foyer que je fis connaissance d’un petit italien, Luciano, mon tout premier amour. Il venait de Trieste. J’y connus aussi mes premières crises de jalousie, car je n’étais pas la seule à avoir des vues sur Luciano.

De retour à Zurich pas vraiment guérie, j’allais de nouveau à l’école, mais ne m’y plaisais pas. Je passais mon temps à rêver et à me raconter des histoires. En composition, j’étais toujours la meilleure. Enfant unique et n’ayant pas de télé, je lisais beaucoup, surtout des histoires d’aventures, les histoires de Livingstone et Amundsen. Je recevais en cadeau de nombreux livres et en empruntais à la bibliothèque « Pestalozzi ». De plus, j’avais toujours un atlas à portée de main pour y localiser une ville, un village ou une chute d’eau. C’est une manie qui m’est restée. Ainsi je voyageais à travers le monde entier. Bien entendu cela me servait pour mes leçons de géographie où j’excellais.

Vers l’âge de 12 ans, mes premières douleurs dorsales apparurent. Elles ne m’ont jamais plus quittées. Je grandis trop rapidement et mesurai à cette époque déjà 170 cm. Je fus hôspitalisée à Balgrist. On me confectionna un corset en plâtre pour dormir. Ce corset devait fortifier mon dos et réduire mes douleurs. Je devais le porter même au collège. Plus tard je séjournai à la clinique «Wilhelm Schulthess». On me confectionna un lourd corset en plâtre que je devais porter toute la journée. Cet enfer dura six mois. Mon dos ne s’en remit  jamais. Mes douleurs dorsales s’aggravèrent encore lors de la naissance de mes deux enfants. Dans ma vie, j’ai subi des centaines de physiothérapies qui n’ont réduit mes douleurs qu’occasionnellement. À 32 ans les médecins diagnostiquèrent mon arthrose.

La mer et la patrie de ma mère

Lorsque j’eus 11 ans, nous allâmes à Bandol, jadis un petit village de pêcheurs, près de Marseille.

D’abord nous fîmes escale à Sainte-Marie de la Mer. Pour la première fois depuis notre départ de Madagascar,  je pus tremper mes pieds dans la mer. Je dansai de joie dans l’eau et déclarai à mes parents ne plus jamais vouloir retourner en Suisse. Mais je partis pour Marseille et de là pour Bandol où je pus me baigner à nouveau et visiter la parenté de ma mère. Mes parents eurent toutes les peines du monde à me convaincre de rentrer en Suisse. Ils me promirent de passer encore une semaine de vacances à Ascona. J’y retrouvai mon grand-père et lui demandai pourquoi il n’y avait pas de mer en Suisse. Il me consola tant bien que mal. Je fus finalement heureuse de le revoir.

(A suivre)

Traduction Marc Toedtli


 

Commentaires

Vivement la suite de tes aventures ! :)
Portrait de lili

Une vie passionnante. Et un bel exemple de courage.
Portrait de zibule

Merci, Muriel!

Très intéressant, ton récit, que je lis avec plaisir.

Liebe Muriel, ich habe heute gleich den 1. Teil Deiner Memoiren gelesen. Er ist gut geschrieben und ich bin gespannt, wie\'s weiter geht. Du hast ja in jungen Jahren schon viel erlebt und sicher auch viel gelitten. Es ist schön, wenn man das Leben trotzdem meistert und trotz allem positiv bleibt. Liebe Grüsse Hans
Portrait de margaret

Salut Muriel, je suis très contente de pouvoir lire ton récit passionnant ici, en français. Ton monde de petite fille a été bouleversé tôt et on comprend bien que la Suisse alémanique (mauvais temps et manque de mer compris) avait au début très peu d'attirance pour toi. Heureusement qu'il y avait déjà à cette époque-là le Tessin...

Osez l’autre dans sa différence !
(Philippe Pozzo di Borgo)

QUEL PÉRIPLE !

CET ÉCRIT EST FABULEUX. FÉLICITATIONS MURIEL D'AVOIR PRIS CETTE INITIATIVE TRÈS ENRICHISSANTE POUR TOUS. JEANJ

Petite erreur de traduction? J'ai était opérée au visage ä seulement l'âge de trois m o i s. bisous à tous

Petite erreur de traduction? J'ai était opérée au visage ä seulement l'âge de trois m o i s. bisous à tous

bravo

Bravo Muriel, ton histoire est passionnante. C'est une très bonne idée cette publication. J'attends la suite. Rosemarie
Portrait de Papy

Ton histoire me plait

Bravo Muriel de nous raconter ainsi toute l'histoire de ta vie.