L’île de Madagascar au sud-est du continent africain
Dans notre famille, on avait l’habitude d’écrire. Je n’ai pas reçu le don d’écrire de longues histoires. Néanmoins, je vais essayer de vous faire le récit de ma vie.
Née à Madagascar
Je suis née à Tamatave, sur la côte est de Madagascar. Mon père y travaillait pour une entreprise suisse d’import-export. C’est ainsi qu’il y séjourna les cinq premières années au nord, à Majunga, et fut transféré plus tard à Tamatave, où il devint son propre chef. C’est là qu’il fit connaissance de ma mère, de souche franco-anglaise. Mes parents se marièrent en 1940. Je vis le jour en 1942.De retour en Suisse
Tous nos biens furent emballés dans des caisses et envoyés en Suisse dans un dépôt de Welti-Furrer. Mes parents et moi-même embarquèrent sur un navire à Tamatave en direction du nord. J’eus le mal de mer. Je restai allongée sur mon lit dans une cabine jusqu’à ce qu’un médecin explique à mes parents qu’il serait préférable que je monte sur le pont. Ensuite je me sentis beaucoup mieux. Notre première étape fut Djibouti. Je m’en souviens très bien parce que ça sentait mauvais, c’était poussiéreux et il faisait terriblement chaud. Le navire y resta deux jours afin de charger de la marchandise. Ensuite nous poursuivîmes notre voyage par le canal de Suez jusqu’à Marseille.
A Marseille, la tante de ma mère vint nous chercher et nous restâmes chez elle toute une semaine. Ma mère y serait bien restée pour toujours! Ensuite nous prîmes le train jusqu’à Bâle où une tante de mon père nous attendait.La Suisse et la langue allemande
Mon père se rendit au siège central suisse de la société en Suisse romande et y obtint un nouveau poste. Il laissa ma mère et moi à Bâle. Il a fallu beaucoup d'amour de ma tante Louise pour nus faire apprécier la Suisse.
Comme ma mère n’était pas vraiment enthousiaste à l’idée de vivre dans un petit village en Suisse romande, ma mère et moi partîmes vivre à Winterthur chez mes grands-parents. Ma grand-mère était une femme plutôt distante. Elle accueillit ma mère avec une certaine froideur qui contrastait fortement avec les gens de Madagascar que nous venions de quitter. Mon grand-père parlait heureusement le français et notre situation s’améliora rapidement.
A cette époque mes grands-parents faisaient construire une maison à Ascona. Il y avait de fréquents va-et-vient entre le Tessin et Winterthur. Mon père finit par trouver un emploi chez Welti-Furrer à Zurich et nous partîmes y habiter un tout petit appartement. Je dus aller au jardin d’enfants. Comme je ne savais pas parler l’allemand tout le monde se moquait de moi. J’ai beaucoup pleuré à cette époque. Lorsque je rentrai en première, j’avais déjà bien appris l’allemand, bien qu’à la maison tout le monde parlât français.
Heureusement mes parents trouvèrent bientôt un plus grand appartement. Ma mère avait déjà fait bon nombre de connaissances à l’Alliance française et moi aussi je m’étais faite des copines de classe. J’étais une élève paresseuse et insolente. Ma mère ne voulait pas m’aider à faire mes devoirs. Peut-être ne voulait-elle pas vraiment apprendre l’allemand? Moi non plus, je n’avais pas un grand intérêt pour cette langue. Bientôt nous dûmes à nouveau déménager, mais cette fois-ci au «Zurichberg», un quartier chic de Zurich convenant mieux à ma mère.
Durant mes premières années en Suisse, nous passâmes nos vacances à Ascona, dans la maison de mes grands-parents. J’aimais particulièrement mon grand-père, un homme affectueux et indulgent. Il entreprit de me faire découvrir les merveilles de la nature, sa faune et sa flore. Avec une patience infinie, il m’expliqua chaque fleur, chaque papillon. Et il m’apprit à préserver la nature. J’ai gardé cette attitude jusqu’à ce jour. Les randonnées sur le Monte Tamaro, au Centovalli et à Cimalmotto étaient fréquentes et lorsque j’étais fatiguée, je pouvais m’asseoir sur ses épaules. Même ma grand-mère me dorlotait; mais comme elle écrivait continuellement, je ne la voyais pas très souvent.
Asthme, maux de dos et voyages intérieurs à travers mes livres et mon atlas
À 10 ans, mon asthme s’aggrava et je dus partir faire une cure dans un foyer pour enfants asthmatiques en Engadine. C’est là que j’appris à skier. Le matin nous allions à l’école, l’après-midi était réservé au sport. C’est au foyer que je fis connaissance d’un petit italien, Luciano, mon tout premier amour. Il venait de Trieste. J’y connus aussi mes premières crises de jalousie, car je n’étais pas la seule à avoir des vues sur Luciano.La mer et la patrie de ma mère
Lorsque j’eus 11 ans, nous allâmes à Bandol, jadis un petit village de pêcheurs, près de Marseille.
D’abord nous fîmes escale à Sainte-Marie de la Mer. Pour la première fois depuis notre départ de Madagascar, je pus tremper mes pieds dans la mer. Je dansai de joie dans l’eau et déclarai à mes parents ne plus jamais vouloir retourner en Suisse. Mais je partis pour Marseille et de là pour Bandol où je pus me baigner à nouveau et visiter la parenté de ma mère. Mes parents eurent toutes les peines du monde à me convaincre de rentrer en Suisse. Ils me promirent de passer encore une semaine de vacances à Ascona. J’y retrouvai mon grand-père et lui demandai pourquoi il n’y avait pas de mer en Suisse. Il me consola tant bien que mal. Je fus finalement heureuse de le revoir.|
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Commentaires
Merci, Muriel!
Osez l’autre dans sa différence !
(Philippe Pozzo di Borgo)
QUEL PÉRIPLE !
bravo
Ton histoire me plait