Le secrétariat de
la Commission de la concurrence (Comco) constate que les prix de trois
médicaments contre les dysfonctionnements
érectiles sont identiques dans toutes les pharmacies et
correspondent aux prix indicatifs déterminés par
les fabricants. Il en déduit qu’il
s’agit d’un accord illicite entre producteurs et
distributeurs et demande à la Commission de prendre des
sanctions. Cette proposition est audacieuse. Si la Commission suit son
secrétariat, c’est tout le vaste
édifice des prix conseillés qui sera
ébranlé. Nous n’en sommes pas encore
là.
Le secrétariat a choisi de s’en prendre aux
Viagra, Cialis et Levitra, parce que ces médicaments font
partie des 2700 médicaments «hors-liste»
non remboursés par l’assurance de base et dont les
prix ne sont pas contrôlés par
l’autorité sanitaire. C’est dans ce
secteur que les prix indicatifs deviennent quasiment des prix
obligés. Une décision concernant les trois
médicaments visés ferait, en quelque sorte,
jurisprudence pour tous les autres. Il faut donc s’attendre
à une vive contre-attaque des distributeurs.
L’opposition des producteurs, Pfizer, Eli Lilly et Bayer aura
probablement moins de poids. Aucun des trois n’est suisse!
Pour faire sa proposition, le secrétariat s’appuie
sur le nouvel article
5 al.4 de la loi sur les cartels qui permet de
lutter contre
les ententes verticales. Il y a entrave illicite à la
concurrence lorsque producteurs et distributeurs passent des accords
pour imposer un prix de vente. D’après son
enquête, le secrétariat constate qu’il y
a effectivement un prix unique pour ces médicaments. Mais
les intéressés pourront rétorquer
qu’ils n’ont pas passé un accord et que
le prix de vente n’est pas imposé, mais
volontairement accepté.
Par le passé, et selon l’ancien droit, la Comco
pouvait intervenir si un distributeur qui cassait les prix indicatifs
était sanctionné par un boycottage de la part du
producteur. Si la Commission suit son secrétariat dans
l’interprétation du nouvel article, nous
assisterons à une petite révolution dans le monde
de la distribution, au-delà du secteur pharmaceutique. Ce
serait peut-être même la fin des prix indicatifs.
Les discounters devraient alors cesser de vendre des baisses de prix et
se contenter de vendre à bas prix.
Source : Domaine Public
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