Image ci-dessus : Grossmünster, Münsterbrücke et Helmhaus/Wasserkirche à Zurich (Source : Foto sidonius, Wikipédia)
Le retour en Suisse
Fraîchement arrivés en Suisse, notre Omi nous
offrit, à moi et mes enfants, trois semaines de vacances
dans un hôtel de Pontresina. Les enfants ne parlaient pas un
mot d’allemand, mais ils purent cependant se faire comprendre
par gestes des autres enfants jouant dans la piscine. Nous
fîmes de nombreuses balades. La vallée du Rosegg
est particulièrement belle. Comme le fit autrefois mon
grand-père avec moi, j’expliquai aux enfants les
beautés de la nature et leur appris le nom des fleurs de
montagne. Nous eûmes aussi beaucoup de plaisir à
observer les écureuils peu craintifs.
Dans une autre vallée située juste avant le col
de la Bernina, nous aperçûmes aussi une
quantité de marmottes. Mon fils était
très bon pour imiter leur sifflement.
C’était un véritable plaisir de les
voir soudain se dresser, immobiles sur leurs petites pattes
arrières. Nous en avons beaucoup ri.
Scolarisation des enfants
Les choses sérieuses commencèrent à la
fin des vacances. Dominique et Patrick durent impérativement
apprendre très vite l’allemand. Ils suivirent
durant cinq semaines un cours intensif d’allemand dans une
école de langue à la Freiestrasse. Dominique
apprit rapidement l’allemand, mais pour Patrick, ce fut une
autre histoire. On lui attribua un maître particulier qui dut
lui enseigner patiemment la langue. Il me déclara que
Patrick devait fréquenter une école
spécialisée. Deux écoles
privées pour enfants TDA entrèrent en ligne de
compte. Mais elles accueillaient des cas tellement lourds que je ne pus
me résoudre à y inscrire mon fils. Je pris donc
rendez-vous avec le directeur des écoles de la ville pour
discuter de ses difficultés. Il me rassura et me confirma
que ces écoles n’étaient pas
conçues pour Patrick. Il m’apprit que la ville
disposait aussi de classes à effectifs réduits
dans lesquelles des enfants en difficulté trouvaient leur
place. Pour Patrick, nous nous mîmes d’accord pour
une période de probation d’une durée de
trois mois et par la même occasion, je demandai
d’inscrire Dominique, malgré son jeune
âge et au vu de ses bons résultats scolaires
antérieurs, en quatrième primaire. Il montra
quelques réserves, mais finalement fit une exception pour
elle.
Comme mes enfants avaient impérativement besoin
d’habits chauds pour l’hiver et de
matériels scolaires avant le début de
l’école et que je ne travaillais pas, mes parents
payèrent tout. Dominique était très
bonne en écrit et en composition allemande. Par contre, le
calcul mental leur posa à tous deux beaucoup de
problèmes car ils n’avaient encore jamais eu cette
matière auparavant. De sorte qu’après
seulement trois semaines d’école, ma fille se
retrouva en 3ème primaire. Heureusement très
sociable, elle se fit rapidement de nouvelles camarades de classe.
Problèmes de bagarres
Mon fils rencontra de gros problèmes, non pas scolaires,
mais avec ses camarades de classe.
Précisons tout d’abord que sur notre
île, il était inconcevable que des enfants se
battent entre eux. Patrick et moi, nous fûmes
traumatisés par les bagarres au sein de
l’école. Le jour où Patrick revint
à la maison avec un hématome à la
tête, je me rendis chez sa maîtresse
déjà âgée et je lui fis
comprendre que cette fois c’était trop et
qu’il était exclu que ces faits se reproduisent
à nouveau. Elle devait mieux surveiller les enfants. Elle ne
s’attendait pas à ce qu’une maman
s’adresse à elle en ces termes. Les bagarres se
firent moins fréquentes, mais ne cessèrent pas
pour autant. Elles me causèrent beaucoup de tracas et je dus
même ordonner à mon fils de se
défendre. L’année suivante, il eut un
nouveau maître et une nouvelle classe comptant douze autres
élèves. Les rapports entre eux devinrent plus
pacifiques.
Leur scolarité s’améliora avec le
temps. Dominique suivit une année
l’école secondaire, puis entra au gymnase. Elle
était très douée en musique et en
dessin. Patrick réussit lui aussi à entrer
à l’école secondaire.
Terminer mes études en psychologie
Entretemps, je discutai de mon avenir avec mes parents et leur demandai
s’ils étaient d’accord de me financer la
fin de mes études à l’IAP (Institut de
psychologie appliquée). Mon père refusa
catégoriquement, non pas pour des questions
d’argent, mais parce que nous avions
déjà dans notre famille quelques psychiatres et
psychologues qui exerçaient et qu’il
considérait comme des gens un peu farfelus. Il
était hors de question d’avoir quelqu’un
de ce genre dans son entourage proche. Je cherchai donc du travail dans
le domaine commercial, avec l’intention de suivre des cours
du soir à l’Université. J’eus
beaucoup de chance de dénicher un travail dans le bureau
d’une villa sise à moins de dix minutes
à pied de la maison.
Je commençai donc comme collaboratrice
spécialisée. Comme j’appris
très vite les rudiments du métier,
j’eus une augmentation de salaire en fin
d’année et pus suivre les cours du soir pour
adultes donnés à
l’Université. En plus de la psychologie, je
choisis aussi un cours d’astrologie. Les deux
matières sont très proches l’une de
l’autre et beaucoup de psychologues travaillent sur la base
de l’astrologie sans que les patients le sachent. Elle
n’a bien sûr aucun rapport avec les horoscopes que
l’on trouve dans les magazines.
Le corps se rebelle
Comme mes parents habitaient une maison de 6 ½
pièces, nous vivions avec eux. Mais ce
n’était pas toujours simple. Mes
problèmes de santé se
déclarèrent insidieusement après 2
½ ans environ. Je m’évanouissais au
bureau ou à la maison une ou deux fois par semaine. Je pris
peur parce que mes évanouissements perdurèrent.
Je consultai un médecin spécialisé
dans les maladies tropicales. Il me confirma que j’avais
effectivement ramené avec moi quelques petits microbes. Il
me prescrit des médicaments très efficaces qui me
remirent sur pied en trois mois.
Et effectivement, pendant une période tout alla à
nouveau bien, puis les évanouissements
recommencèrent. Je passai une semaine durant des examens
complets à l’hôpital Waid sur
l’ordre du médecin. Finalement mon
séjour à l’hôpital dura trois
longues semaines. Le médecin-chef, qui devint plus tard mon
médecin de famille, ne trouva rien d’anormal,
à part une petite angine de poitrine.
Un physiothérapeute me fit faire des exercices de
gymnastique de difficulté croissante. Finalement je fus
capable de courir autour de l’hôpital. Lorsque le
thérapeute estima que j’allais mieux, il me permit
de me promener toute seule dans la forêt située
à proximité. J’allais donc marcher
chaque matin 45 minutes, jusqu’au jour où je
rencontrai une femme avec son chien. Il n’était
pas attaché et courut droit sur moi. Je poussai un cri, car
j’ai très peur des chiens. La dame
répondit qu’il ne mordait pas. Je ne
réussis pas à me calmer et eus pour la
première fois de ma vie une hyperventilation.
Une très gentille dame s’empressa de me venir en
aide, me proposa son bras et me ramena à
l’hôpital où je reçus une
piqûre tranquillisante. Le docteur m’expliqua
comment me comporter et réagir si je devais revivre une
pareille situation. À la fin de mon séjour
hospitalier, il m’envoya en convalescence à
Ruvigliana près de Lugano. C’est là que
je reçus ma lettre de licenciement, écrite par ma
patronne qui se montrait en cette occasion sous son vrai visage. Je ne
savais malheureusement pas encore que cette méthode
était illégale. De retour à la maison,
je dus encore travailler deux longs mois.
Et toujours aucune licence en psychologie
Avec le temps, ma santé s’améliora. Par
contre, je fus prise de crises d’angoisse lorsque je me
rendais en ville. Je continuai à suivre mes cours et
reçus un supervisor. Je pus lui confier et lui
décrire mes peurs. À mon grand regret, il me
conseilla vivement de faire une pause dans mes études. Je
fus extrêmement malheureuse à
l’idée de n’avoir qu’un
diplôme en psychologie et non une licence. Je travaillai un
temps avec un cousin comme assistante. Mais comme je ne gagnais pas
assez d’argent, je dus encore prendre un poste à
60% dans un bureau français. À nouveau, je me mis
très vite au courant dans cette nouvelle matière
qu’était l’optique. Cela me plut
beaucoup. Après quelques mois déjà, je
pus remplacer mon chef et proposer aux patients des lentilles de
contact que je posais sur les yeux. Ce boulot me procura beaucoup de
joie.
Dès mon retour en Suisse, des douleurs dans les hanches dues
à l’arthrose commencèrent et
s’étendirent plus tard à tout le corps.
Aujourd’hui, je dois me faire opérer
d’arthrose dans le genou gauche.
Entre rapprochement et éloignement
La proximité maternelle n’était pas
idéale pour moi. Le médecin me conseilla de
chercher un appartement indépendant. Je trouvai une 4
½ pièce dans la maison adjacente.
De cette façon ma mère pouvait venir chez moi en
passant par les caves si un de mes enfants était malade.
Elle s’occupait très bien d’eux et
pouvait être aussi très
sévère. Diplomate née, elle
maîtrisait très bien les deux fonctions
qu’elle avait à jouer : une grand-maman choyant
ses petits-enfants et une maman de substitution.
Mes enfants ne grandirent pas sans modèle masculin. Mon
père, leur grand-papa, était un homme paisible et
plein d’humour. Il fut toujours là pour eux. Mon
mari nous rendit visite chaque année après
Nouvel-An durant dix jours, de sorte qu’ils
restèrent en contact avec lui et maintinrent un lien
personnel à travers de nombreux échanges
épistolaires.
Durant leurs loisirs, mes enfants firent partie des louveteaux. Le
scoutisme leur plut beaucoup. Plus tard, ils reçurent chacun
un surnom lors d’un baptême à
Lü dans le val Müstair. Mon fils fut
appelé „Métro“ et ma fille
„Marmotte“. Patrick alla de mieux en mieux, ses
problèmes dus au TDA disparurent et il put entrer
à l’école secondaire.
Plus les enfants vont bien, plus je m’enfonce
Je sentis que je tombais insidieusement en dépression. Mon
supervisor me le confirma. Je cherchai de l’aide chez un
psychiatre et entamai une thérapie. Elle se
déroula mal car il m’énervait
profondément. Je pris la décision de commencer
une psychanalyse chez une femme. L'analyse dura 2 ans et me remit sur
pied.
Madagascar, Ile Maurice et retour en Suisse (1)
Madagascar, Ile Maurice et retour en Suisse (2)
Madagascar, Ile Maurice et retour en Suisse (3)
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