Difficile de confondre ce papillon aux
dessins bigarrés. D’un brun jaunâtre
tirant sur l’abricot, le dessus des ailes
antérieures a des dessins noirs réguliers, dont
le bout de l’aile. Il s’agit de la
Vanesse des Chardons ou Belle-Dame dont le nom latin est Cynthia
cardui (photo). Mâles
et femmes sont identiques. Ce papillon a une distribution quasi
mondiale, à l’exception de
l’Amérique latine.
Mais le plus important est que
cette espèce fait partie des papillons migrateurs au
même titre que le Monarque (Danaus plexippus),
le Vulcain (Vanessa atalanta), le Moro-Sphinx (Macroglossum
stellarum) et d’autres plus discrètes
comme le Gamma (Autographa gamma). Mais pour ces
papillons il n’y aura qu’un aller et ce seront
leurs descendants qui retourneront au Sud en automne.
La Belle-Dame immigre en Suisse, chaque année dès
fin avril, en provenance du Sud (Afrique du Nord et Europe
méridionale). Certaines années, ces migrations
sont confidentielles mais cette année nous assistons
à une véritable explosion avec un passage en
vagues successives à travers la Suisse.
Cette espèce est plurivoltine
c’est-à-dire qu’il y aura,
jusqu’à la fin de l’automne, deux ou
trois générations et les derniers adultes
retourneront au Sud. Quand les hivers sont doux,
certains individus peuvent survivre au Nord des Alpes. On rencontre
cette espèce jusqu’à plus de 2000 m
d’altitude et elle est spécialement abondante dans
les terrains un peu marginaux envahis de chardons, mais aussi dans les
gravières et sur les alpages. Les œufs sont pondus
isolément sur des chardons, des cirses des champs, les
onopordes acanthe ou encore les tussilages, les orties et la bardane.
La Belle-Dame appartient au groupe des migrateurs saisonniers se
reproduisant dans les aires d’origines et
d’accueil. C’est donc une espèce qui
quitte chaque année à un moment donné
sa région d’origine (émigration) pour
gagner volontairement une autre région définie
à l’avance (immigration) pour s’y
reproduire. Les descendants retournent dans la région
d’origine pour s’y reproduire à leur
tour. Parfois le trajet d’aller peut se faire en deux
étapes comme chez cette Vanesse.
Les individus
d’Afrique du Nord, notamment du Maroc, se reproduisent en
Europe méridionale au premier printemps où ils
meurent. Ce sont leurs descendants qui arrivent jusque sous nos
latitudes, voire même en Suède. Du point de vue
historique, on a pu assister en Suisse à une très
grande migration de Belles-Dames en juin 1949. Les observateurs
remarquèrent un vol continu entre Berne, Berthoud,
Langenthal, Zofingue, Aarau, Lenzbourg, Zurich, Gossau, Frauenfeld et
le lac de Constance ! Soit un front d’une largeur de 50 km et
d’une longueur atteignant 150 km. La vitesse
moyenne de déplacement de ces papillons est de
l’ordre de 25 km/heure. Les vanesses des chardons battent des
ailes entre 50 et 80 fois par seconde (contre 8 fois par seconde pour
les pierrides blanches, par exemple).
Cette année est particulièrement
extraordinaire
puisque des millions d’individus sont en train
d’envahir l’Europe. En Suisse romande, le 12 mai
à 17h dans la région de Mex (VD) on nous signale
une immense concentration d’individus volant entre 1 et 5 m
au dessus du sol en direction nord-est.
D’autres informations
nous annoncent des concentrations à Lausanne (Jardin du
Musée de l’Hermitage), au centre de Prilly
où un enseignant et un élève
dénombrent des passages de l’ordre de 200
individus en 2 minutes ! Une habitante de Boussens (VD) nous dit que
"ces papillons ont traversé le village par centaines
d'individus durant plus d'une heure mardi en fin
d'après-midi. Les oiseaux semblaient perturbés
car ils ne volaient quasiment pas et ne chantaient pas. On se serrait
cru dans un film d'Hitchock".
Actuellement, les zones
visitées s’étendent de Morges au Gros
de Vaud, à la Broye, le Nord vaudois ainsi que le Landeron.
Et Genève: toujours mardi, vers 14h15, "nous avons vu une
bonne vingtaine de papillons sur notre terrasse qui est
située au 9ème étage de la rue de
Carouge à Genève" nous dit une internaute. Un
phénomène assez rare pour que l’on
profite de parler de ces papillons étonnants. Cette
migration risque bien de se poursuivre pendant quelques jours encore. N’hésitez
pas à nous communiquer vos observations à
info.zoologie@vd.ch en indiquant la région,
l’heure et le nombre de papillons rencontrés.
Source : Musée cantonal de zoologie,
Lausanne
Photo : Philippe Delacrétaz
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