Image ci-dessus : Durant une promenade dans le val Cristallina au-dessus de Disentis
Les turbulences de la puberté
Il y eut quelques incidents graves durant ces dix années. Lors d'une course d'orientation organisée dans le cadre des scouts, mon fils eut un très grave accident. Il fit une chute de 40 m dans un ravin. Les pompiers et un hélicoptère durent intervenir pour le sauver et le transporter vers l'hôpital de St-Gall. Fracture du crâne. Opérations. L'une d'entre elles échoua. Patrick fut transféré à la clinique Wilhelm Schulthess où ma tante officiait comme médecin-chef. Je voulus intenter un procès aux médecins saint-gallois. Après de longues tergiversations, ma tante me conseilla de ne pas déposer plainte. Les médecins s'entraident toujours entre eux, tante ou pas tante, c'est égal ! Suite à cet accident, mon fils ne put plus plier correctement son coude. Il fut pourtant opéré encore deux fois sans succès. À part ça, il n'eut aucune autre séquelle de l'accident. Même son traumatisme crânien ne lui provoqua par la suite aucun mal de tête.
Entretemps, il termina son école secondaire et voulut absolument travailler dans le domaine des voitures. Il postula chez Amag comme mécanicien spécialisé en électronique et put commencer son apprentissage. 2¾ ans plus tard, lors d'un week-end, il eut un nouvel accident. Il resta deux jours dans le coma. Heureusement que son ange gardien veilla bien sur lui. Il dut néanmoins chercher un nouvel emploi.
Un
aimable commerçant juif possédant un magasin de vêtements pour tailles fortes
prit Patrick sous son aile. Et mon fils se révéla extrêmement doué pour la
vente. Et de par sa bonne éducation il était toujours aimable avec les clients.
Deux ans plus tard, ce monsieur lui proposa de reprendre son magasin. Mon fils
déclina l'offre faite. Il postula en secret chez VBZ, les transports publics
zurichois, et fut engagé comme conducteur de tram. Ce nouveau travail provoqua
beaucoup de remous au sein de la famille. Un travailleur chez les Lavater ?
Là, je dus intervenir. J'expliquai sans détour à toute la famille qu'il valait
mieux pour mon fils d'accomplir un travail qui lui plaise que de faire mal un
travail qui le répugne. Je sentis à ce moment-là que je n'étais pas du tout sur
la même longueur d'onde que ma parenté suisse-allemande.
Telle mère, telle fille
Après le gymnase, ma fille fréquenta le séminaire pour devenir professeur d'école. La pomme ne tombe jamais très loin de l'arbre ! À la fin de sa troisième année, Dominique voulut passer ses vacances sur l'Ile Maurice. Elle reçut l'argent nécessaire pour le faire. Elle fut hébergée par mes beaux-parents. Dès la fin des vacances, elle rentra à la maison et nous déclara qu'elle interrompait ses études, qu'elle avait rencontré un ami et qu'elle voulait aller vivre là-bas avec lui. Personne ne put la convaincre d'achever d'abord ses études. Ma mère me dit furieuse : « Elle est comme toi ! Vous faites toujours les mêmes erreurs ». Je me suis bien gardée de répondre pour ne pas déclencher une brouille familiale. Mon père fut très déçu. Il aimait ma fille bien plus qu'il ne m'avait aimée. Lorsqu'elle fit ses valises et que je constatai qu'elle emmenait avec elle sa flûte traversière et sa flûte de Pan, je sus qu'elle partait pour toujours.
Après son départ, ma vie s'écoula plus paisiblement. Je décrochais un job comme psychologue d'entreprise et travaillais comme guide touristique en fin de semaine. Je parcourus ainsi toute la France et la Suisse. Une fois par an, j'emmenais mes hôtes pour dix jours en vacances de neige à Wildhaus. À l'exception d'une fois, mes groupes furent toujours très agréables. Je me présentais sous mon prénom et demandais aux gens de me tutoyer et d'en faire autant pendant la durée du voyage. Cette façon de faire engendrait une bonne cohésion dans le groupe. Tous riaient et je plaisantais beaucoup.
Ma fille, réceptionniste dans un hôtel, et son ami, prof de surf, vécurent ensemble pendant deux ans. Par la suite, mes beaux-parents et son père mirent Dominique sous pression pour qu'elle se marie enfin, car il n'était pas bien vu du tout de vivre en concubinage sur l'île. Elle finit par donner son accord et le mariage fut célébré avec tout le faste que j'avais déjà connu.
Au bout d'un an, Dominique rentra seule en Suisse pour les vacances. Je m'aperçus tout de suite que quelque chose n'allait pas. Ma fille, d'habitude pleine d'entrain, était triste et abattue. Elle me confirma que cette union n'avait pas été la meilleure des idées. Elle retourna à l'Ile Maurice et demanda le divorce. Elle retrouva un emploi sur un bateau de croisière où elle rencontra un nouvel ami, un officier de marine. Elle fit transporter toutes ses affaires en Suisse. Je les gardais pour elle pendant qu'elle était en mer. Lorsqu'elle fut promue au grade de sous-officier et responsable de la réception, ma mère mourut.
La perte de ma mère
Le dimanche des Rameaux, ma mère me rendit visite dans la soirée pour m'apporter un petit bouquet de houx que j'accrochai au crucifix en bois. Le lendemain elle était morte. Ce fut pour moi incompréhensible. Je me rappelle encore qu'à la fin de la journée, je pris le téléphone pour l'appeler comme chaque soir après mon travail. Lorsque je pris enfin conscience de mon geste, je reposai le combiné et pleurai amèrement. Dorénavant ma mère ne serait jamais plus là.
Ma
fille, qui était à ce moment-là à Hambourg, ne vint pas à l'enterrement. Dès
lors, un fossé se creusa entre nous. Six mois plus tard, mon père quitta Zurich
et son appartement devenu beaucoup trop grand pour lui et alla s'installer à
Montreux.
Le Tessin comme nouveau
chez-moi
Une
année plus tard, je quittai à mon tour Zurich pour un petit village montagnard
tessinois où j'avais déjà des amis. J'emménageai dans une maison mitoyenne avec
jardin. Je travaillais à Zurich pendant la semaine et habitais dans une pension
près de l'Université. Mais bientôt, je remarquai que les affaires ne marchaient
plus si bien. L'économie entra en récession. Les gens eurent moins de travail
et discutèrent beaucoup entre eux. Quatre mois après mon déménagement,
l'entreprise ferma ses portes. Je me retirai dans mon petit nid au Tessin.
Je cherchais du travail dans toute la Suisse allemande sans succès. Soit j'étais surqualifiée pour le poste, soit je manquais de pratique sur le PC. Ce n'étaient que prétextes. Ensuite, on me proposa des emplois qui n'étaient payés que la moitié de ce que je gagnais auparavant. Si j'avais accepté un tel poste, ma situation se serait encore détériorée.
Comme l'argent épargné ne suffit plus, je dus aller timbrer ! Et je finis par tomber à l'aide sociale. Une honte pour moi. Un minimum vital de 1950 francs par mois. Le Tessin est très touristique et de ce fait beaucoup plus cher que la Suisse allemande. Nous avions au village deux épiceries Volg proposant des produits très chers. Je commençai donc à faire mes courses à Biasca en auto-stop et ramenai le tout dans mon sac à dos, 30 kg. Mon dos ne le toléra pas longtemps, et je finis par atterrir à l'hôpital. Ma santé se détériora. En plus de mes problèmes de dos, s'ajoutèrent une hernie hiatale et des palpitations cardiaques. Après neuf années passées dans les montagnes tessinoises, je m'établis à Bellinzone.
La vie continue
Mon fils rencontra sa future femme et ils se marièrent. La fête fut belle et célébrée dans l'intimité de la famille. Je m'entends bien avec ma belle-fille. Mon fils est devenu entretemps papa d'une fille et d'un garçon.
Ma fille se fit engager sur un bateau de plaisance où elle travailla à nouveau à la réception. Elle parle maintenant quatre langues parfaitement. Sur le bateau, elle fit la connaissance d'un couple d'Américains possédant une villa près de Monaco. Ils l'engagèrent avec son ami pour s'occuper de la maison durant leur absence. Ils travaillaient durant six mois, puis avaient six mois de congé. Peu de temps après, ma fille acheta une maison en bord de mer à l'Ile Maurice.
Le 26 avril 2003, mon père décéda. Ensuite, ce fut mon mari, le 3 août et enfin ma cousine bien-aimée, le 8 août.
Aujourd'hui, je vis à Bellinzone avec une rente minimale de l'AVS et une petite rente de la prévoyance professionnelle, une rente minimale aussi, parce que pendant les dix ans passés à l'Ile Maurice, je n'ai pas versé les montants de l'AVS. (Autrefois, les Suisses de l'étranger étaient mal informés sur ces questions). Je bénéficie d'une aide ménagère qui vient deux fois par semaine. Je suis heureuse et sereine. Depuis que je visite régulièrement Seniorweb, ma mémoire s'est améliorée et ma vie est devenue plus intéressante.
Madagascar, Ile Maurice et retour en Suisse (1)
Madagascar, Ile Maurice et retour en Suisse (2)
Madagascar, Ile Maurice et retour en Suisse (3)
Madagascar, Ile Maurice et retour en Suisse (4)
Madagascar, Ile Maurice et retour en Suisse (5)
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