Loisirs

Extraits de mes carnets de route (4)

Extraits de mes carnets de route (4)

Le Finnmark Dans les années 70, la Finlande entreprit, comme la Suède, une large campagne de séduction pour attirer les touristes, surtout les Allemands, dans le nord appelé « Finnmark ».
Auteur: 
Jean Sprecher

On invita naturellement la presse et en particulier les représentants des médias allemands à faire des reportages de voyage.

C’était la fin avril et la neige recouvrait encore le nord de Rovaniemi lorsque nous atterrîmes là-bas. L’office du tourisme m’avait assigné une accompagnatrice polyglotte. Elle parlait bien sûr finlandais, mais aussi lapon, allemand, français, anglais, suédois et russe. « Pas mal ! », me dis-je, tout en montant à ses côtés dans la voiture. Mais ensuite les choses se gâtèrent sérieusement. Elle se révéla une piètre conductrice. Pourtant, je n’avais rien contre les femmes au volant. Ma femme était et est toujours un excellent chauffeur. Rien de surprenant lorsque l’on sait qu’elle était chauffeur ambulancier pour le « Lotta-Korps », le service civil féminin suédois.

J’avais hérité d’une belle et charmante jeune femme, maîtrisant plusieurs langues, mais totalement novice dans la conduite d’un véhicule. Dès le départ de l’aéroport je commençais à douter de ses capacités. Il lui était difficile de rattraper l’automobile à chaque fois qu’elle dérapait. Et c’est avec elle que je devais passer les deux prochaines heures en voiture! Je remarquai tout de suite son manque d’assurance sur ces routes enneigées. La voiture tanguait de plus en plus fréquemment. Heureusement, il n’y avait presque pas de trafic venant en sens inverse. Lors d’une pause, je vérifiai les pneus. Des pneus d’hiver à clous irréprochables. Je proposai de prendre moi-même le volant. C’est vrai, j’avais la même voiture, les mêmes pneus et en plus une expérience de plusieurs milliers de kilomètres de conduite sur les routes enneigées de Suède. Je n’étais pas un débutant. « Non, je ne peux pas passer le volant à quelqu’un d’autre », dit-elle, « c’est bien stipulé dans le contrat de location de la voiture. » Bon, bon, espérons que tout aille bien ! »

Mais les choses ne se déroulent pas toujours comme on pense.

Une heure plus tard, la vue était dégagée et nous descendions avec précaution une route bien large et nous nous apprêtions à entamer un long virage à gauche. J’aperçus au loin une voiture arrivant en sens inverse. Mon chauffeur commença à paniquer et je pris conscience que notre machine glissait lentement vers la gauche. L’autre véhicule nous faisait des appels de phare désespérés. Et là, je ne sais pas pourquoi, j’ai fait quelque chose qu’il ne faut JAMAIS faire: j’ai saisi le volant et ai tourné doucement vers la droite.

Mon geste évita au moins une collision frontale. Personne ne fut blessé, mais il était exclu de poursuivre notre route. Les deux véhicules étaient accidentés. Le nôtre avait l’arrière gauche enfoncé et la roue coincée, tandis que l’autre avait l’avant gauche fortement endommagé. Les deux conducteurs discutèrent entre eux. Il ne nous resta plus qu’à attendre que quelqu’un passe.

Un peu plus tard un automobiliste s’arrêta et nous le priâmes d’alerter la police au prochain village. Elle arriva une demi-heure plus tard avec deux véhicules et la dépanneuse. Mon accompagnatrice expliqua aux policiers que je devais me rendre au plus vite à Suomutunturi.


Ils m’organisèrent un taxi par message radio, on ne disposait pas encore de téléphone portable comme aujourd’hui. Mon taxi arriva pendant qu’un policier parlant couramment allemand prenait ma déposition. Le chauffeur, un très grand bonhomme avec une barbe longue et fournie, ressemblait à un sauvage sorti des bois.

Il parlait seulement finlandais et russe. Je pris place dans son antique taxi russe de marque « Wolga », avec fenêtre grande ouverte côté passager. »Ça empêche la formation de givre sur le pare-brise », m’expliqua-t-il plus tard. Ok! Mais la température frôlait tout de même les moins 25ºC. Ce type savait par contre conduire. Il traversa les congères à pleine vitesse. Si la voiture tanguait un tant soit peu, il la rattrapait d’une main de maître. Aussitôt arrivé, je contrôlai l’état des pneus: des pneus d’été totalement usés. Il avait pourtant conduit comme un coureur automobile professionnel.

 La nuit était tombée entre temps et j’étais arrivé à bon port à Suomutunturi. L’hôtel « Le cercle polaire était une maison en forme de « kota », un tipi lapon, située juste au-delà du cercle polaire arctique. Le propriétaire me reçut personnellement. Il n’était rien moins qu’un ancien recordman du monde du kilomètre lancé (ski de vitesse). Il avait atteint en son temps une pointe de 180 km/h. Le ski de vitesse se pratique sur des pentes très raides divisées en trois parties:

 

 

  • la zone d'élan de 400 à 500 mètres utilisée pour prendre le plus de vitesse possible
  • la zone de chronométrage de 100 mètres
  • la zone de ralentissement et d'arrêt de 400 à 500 mètres.

Mon chauffeur officiel arriva aussi pour le repas du soir. L’hôtelier voulut voir son permis de conduire. Elle l’avait obtenu la semaine précédente. Voilà qui explique tout. On nous installa à une table en milieu de salle à côté du grand foyer. En tant qu’invité, j’eus le privilège de m’asseoir du côté nord, tandis que mon hôte se tenait côté sud. Le cercle polaire traversait en effet la salle et la coupait en deux. Ma chambre à coucher était située au sud, la salle de bain au nord.

La piste de ski était aussi divisée en deux parties: le ski-lift nous montait direction sud et la piste de descente était dirigée vers le nord. Il y avait bien 25 ans que je n’avais plus chaussé de skis. Je ne pouvais pourtant pas refuser l’invitation faite par mon hôte, ancien recordman, de faire une petite « descente ». Il avait même piqueté un petit slalom pour ses hôtes, un parcours pas trop compliqué, mais pourvu de quelques enchaînements de portes plutôt surprenants.

Je fus heureux de constater que je m’en sortais pas trop mal. Je n’eus que quelques difficultés avec son rythme soutenu. Puis vint un compliment inattendu : « Ton style me rappelle quelque peu celui de Bernhard Russi ! »

Le soir venu, j’eus droit à l’obligatoire sauna, mais cette fois dans un très vieux sauna: 150 ans d’âge et toujours en fonction. J’eus aussi le privilège d’être fouetté par deux belles matrones finlandaises à l’aide de branches de bouleaux. Quel délice pour la circulation sanguine!

Le lendemain je reçus une formation de conduite d’attelage de rennes. Je réussis le permis pour la conduite d’un renne. Pour couronner le tout, je m’adonnai au ski attelé ou ski joëring. C’est une discipline sportive alliant le ski et l'attelage équestre. Elle se pratique avec un cheval ou un poney attelé qui tire le skieur grâce à un cadre rigide. Dans mon cas, le renne remplaça le cheval.

Tôt le lendemain matin, je me rendis à Rovaniemi pour prendre l’avion pour Helsinki. Là-bas je fus invité par une relation estudiantine à la grande fête de « La Nuit de Walpurgis ». Elle se situe entre le 30 avril et le 1er mai. Célébrée dans toute l'Europe depuis des temps reculés, malgré les interdits et les excommunications des Églises chrétiennes, elle a été identifiée au sabbat des sorcières. Ce fut le point culminant de mes reportages en terres finlandaises.


Extraits de mes carnets de route (1)

Extraits de mes carnets de route (2)
Extraits de mes carnets de route (3)

 

Commentaires

C'est avec plaisir que je lis tes carnets de routes.
Portrait de Gibus

Je suis revenu !

Salut Jan. Me voici de retour de Laponie (mon 15ème voyage là haut)! Toujours passionnantes à lire tes expériences ! Rien que pour rigoler sur les élans (j'en ai croisé qu'un) à cette période de l'année ils peuvent être ivres suite à l'ingestion des fruits qui ont fermentés dans leur estomac! Et c'est là qu'ils peuvent être agressifs! Cette année le notre était plutôt du genre passif, tellement qu'à moins de 15 mètres je croyais qu'il était empaillé ! Puis il a tourné la tête, vu le camping-car et a traversé devant nous avec un regard noir ! Amitiés Gilbert

erreur: l'histoire de la dame qui ne savait pas conduire [B]null[/B]ma donner............

à nouveau un reportage magnifique avec beaucoup de renseignement sur les pays du nord. L\'histoire de la dame qui ne savait pas conduire pas donner la chair de poule. Tu a eu beaucoup de courage pour te laisser conduire ainsi. Bravo pseudo Bernhard Russi, pas facile ses glissades sur skis.