Société

Le grand service que rendent les grands-parents

Le grand service que rendent les grands-parents

Ils travaillent gratuitement. Et pourtant, leur aide vaut de l’or: 2 milliards de francs pour la garde des petits-enfants, 3 milliards pour le soin de membres de la famille ou d’amis.
Auteur: 
Judith Wittwer /Traduction: Catherine Pelli

 

files/Granpere.jpg

 

Commentaire du grand-père: "Ce bonus bat même celui de Brady Dougan" 1)

Leur travail commence le dimanche soir. La petite Sara arrive chez ses grands-parents. Parfois les parents se mettent aussi à table et toute la famille mange ensemble et discute. Après le diner Sara se frotte les yeux et est mise au lit. Les parents s’en vont. Pour eux, le lundi c’est le bureau. Pour Sara, le lundi c’est le jour de la grand-mère. Seulement le soir, elle pourra embrasser papa et maman.

Sara et ses grands-parents ne sont pas une exception. Bien qu’on ait ouvert en Suisse de nombreuses crèches et garderies, les membres de la famille, et en particulier les grands-mères, continuent à jouer un rôle important dans la garde des enfants. Selon l’Office fédéral de la statistique, plus de la moitié des parents qui confient régulièrement leurs jeunes enfants à des tiers, recourent à la mamie. Seulement quand ils ont besoin de les faire garder plus qu’un jour par semaine, les offres institutionnalisées de crèches ou les assistantes maternelles deviennent plus importantes.

Important, en particulier à la campagne

Heidi Stutz, directrice du département de la politique de la famille dans le bureau d`études de politique du travail et de politique sociale à Berne (BASS), explique que «les grands-parents sont là, quand une personne qui s’occupe des enfants est malade, quand un nouvel enfant arrive au monde ou quand les parents ont une fois besoin de prendre des vacances sans la famille». «En particulier, à la campagne, du fait que la densité des crèches n’est pas encore suffisante ou quand les parents travaillent irrégulièrement, ils bouchent les trous».

Des raisons financières enfin parlent en faveur des grands-parents. Papi et mamie travaillent le plus souvent gratuitement, alors que les institutions qui accueillent les enfants pendant la journée sont très chères chez nous par rapport à l’étranger – avant tout pour la classe moyenne qui ne peut pas profiter de places subventionnées dans les crèches. Comme l’a étudié le professeur Monika Bütler de St. Galle, avec un coût aussi élevé, pour de nombreuses mères, cela ne vaut pas la peine de travailler. Pour qui n’a pas la possibilité de mettre à contribution des membres de la famille pour garder les enfants, à partir du deuxième enfant, on doit se demander sérieusement si c’est encore rentable de rester sur le marché du travail.

Soigner jusqu’au plus grand âge

Si les grands-parents étaient dédommagés au prix du marché pour leur travail de garde, ils seraient riches. Le BASS et le sociologue zurichois François Höpflinger estiment la valeur de la garde gratuite par les grands-parents à 2 milliards de francs par an. Ils basent leur chiffre sur environ 100 millions d’heures de garde. D’après l’experte Stutz ce sont les grands-mères de moins de 65 ans qui dépensent le plus de temps – même si elles travaillent encore à temps partiel à côté. Et même, entre 64 et 74 ans, d’après l’Office fédéral de la statistique, plus d’une femme sur cinq prend soin de ses petits-enfants. En Suisse, les femmes deviennent grands-mères vers 55 ans en moyenne et 13,1% de celles qui ont atteint 50 ans gardent régulièrement des enfants de leur famille gratuitement.

Fortement engagés
Pourcentage des personnes d’au moins 50 ans qui accomplit des 
travaux gratuits pour des membres de la famille

files/graphique.jpg

Graphique C. Pelli / Source: ESPA 2007

Cependant, la génération des seniors rend encore d’autres grands services à l’économie suisse. Beaucoup soignent leur partenaire, des membres de la famille ou des voisins jusqu’à un âge élevé. Si ce travail était fait par un personnel qualifié, cela entraînerait selon Höpflinger des frais d’au moins 3 milliards de francs par an, dont 2 milliards pour les soins et l’assistance aux personnes vivant dans le ménage et un milliard pour des services à des membres de la famille et des connaissances vivant dans d’autres ménages. Ainsi, comme le constate Höpflinger, «cela dépasse largement les coûts des soins payés».

Soutien de l’économie nationale

Selon l’Office fédéral de la statistique, en 2007, les retraités ont effectué environ 25 millions d’heures de travail de soins gratuites pour les membres de leur ménage. Cela correspond au travail de 13'000 personnes employées à plein temps, comme l’a calculé Jacqueline Schön-Bühlmann de l’Office fédéral de la statistique. Les seniors ont effectué en plus environ 102 millions d’heures de travail gratuit pour des ménages étrangers, dans la maison et le jardin ou bien pour le transport. Cela correspond à 53'000 jobs supplémentaires à temps complet.

Et la liste n’est pas finie: les seniors s’engagent également fortement dans le domaine culturel, les associations sportives et caritatives. En tout, en 2007, ils ont effectué environ 45 millions d’heures non payées et cela est comparable à presque 24'000 emplois à plein temps. «La contribution des seniors à notre économie nationale est souvent sous-estimée», comme le constate Schön-Bühlmann. «Ainsi, on peut dire qu’avec leur travail non payé ils sont irremplaçables pour le bon fonctionnement de notre société».

1) PDG du Crédit Suisse

Source: Tages-Anzeiger