Société

Hallo, ici Ween

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Trick or Treat – Sucré ou salé
Auteur: 
Kurt Myltz / traduction Irène Frei

« De l’argent ! », crie le nain devant ma porte. Une grimace vraiment diabolique me dévisage de par en-dessous. Derrière lui, encore trois autres diablotins, munis de sacs en plastique. Je reconnais immédiatement le meneur, c’est le fils de ma voisine, six ans. Ses acolytes en ont nettement plus.

« Ça s’appelle sucré ou salé » essaie-je de corriger gentiment ce petit Satan, qui sautille nerveusement d’un pied sur l’autre. Le bambin, d’abord un peu décontenancé, braille : « non ! Ni salé ni sucré, c’est de l’argent, de l’argent, que nous voulons ! » Ses copains acquiescent.

Il y a 5000 ans, les Celtes occupaient l’Irlande, l’Ecosse et le nord de la France. L’année celtique se terminait, d’après nos calculs, le 31 octobre. Les Celtes croyaient qu’à cette date les morts pouvaient revenir dans le royaume des vivants. Pour cette raison on allumait de grands feux et les gens offraient légumes, fruits et bêtes, pour apaiser les morts.

A l’ère du christianisme, cette fête devint celle de la Toussaint ; les Anglais l’appelèrent « All hallows eve » ce qui signifie « veille de la Toussaint ». Les immigrés d’Irlande et d’Angleterre amenèrent leurs coutumes d’Halloween en Amérique. Les traditions celtes mélangées à des rites indiens en firent une fête des récoltes.

Depuis 1980 environ, les Européens peuvent ou doivent eux aussi honorer cette coutume. Evidemment, sous une forme sécularisée, voire commercialisée. La dernière nuit d’octobre devient donc nuit des horreurs. De simples citoyens se déguisent, se fardent ou mettent des masques épouvantables pour fêter horriblement bien Halloween.

Commerçants et restaurateurs se réjouissent de cette manne citrouillo-fétichiste qui les fait glisser sans heurt dans le commerce de Noël. Aujourd’hui, Halloween est aux USA, après Noël, le « jour de fête » avec le plus grand impact financier. Chaque année, on y dépense pour Halloween environ 7 milliards d’US-dollars ! Et la « good old Europe » y participe allègrement.

Pas étonnant donc, que la jeunesse réclame sa part de pécule, et ne se laisse plus payer avec des pommes, des poires et autres barres de chocolat !

Fini les sucrés et salés, les farces et les friandises ! Aujourd’hui, c’est de l’argent qu’il leur faut. Et qui résisterait à ces mignons et sympathiques petits diablotins avec leurs affreuses grimaces? Donc : fermez les yeux et ouvrez vos porte-monnaie ! Finalement, c’est pour une presque bonne cause.

L’an prochain, la veille de la Toussaint, je ne serai certainement pas chez moi, j’irai à l’Halloween-party de mon bistrot préféré. Devant ma porte, je placerai une citrouille évidée, illuminée de l’intérieur par une bougie, et à côté, une boite à collecte.