Rien ne semble vraiment se passer et pourtant l’on est bientôt témoin d’événements touchants entre naissance et décès. Ceci présenté avec sagesse, doigté, et un brin d’humour.
Frammartino ne se contente pas d’esquisser le portrait d’un vieil homme, mais nous fait contempler les méthamorphoses des sujets. Ce qui se présente comme un casse-tête hindou repose sur les enseignements du philosophe, poète et mathématicien Pythagore. Selon lui, la raison, non seulement l’humain en serait doté, mais également les matières végétales et le monde animal.

Au fur et à mesure du déroulement du film se répand la paix intérieure que l’on doit éprouver, en menant cette vie proche de la nature et du Créateur.
Voici comment le cinéaste présente son œuvre : Dans la région de la Calabre, les choses ne sont pas hiérarchisées. Toute créature possède son âme propre et indépendante. On le réalise en scrutant le regard d’un animal. Cela se ressent en écoutant le murmure du vent dans le grand sapin. On perçoit le chant du charbon de bois qui se fait, comme s’il avait sa propre vie.
Un vieux chevrier passe ses derniers jours dans un calme village moyenâgeux perdu dans la montagne, dans le sombre sud du continent italien, dans un lieu depuis longtemps déserté par les villageois. C’est là qu’il garde son troupeau de chèvres.
Il est souffrant. Il lutte contre la maladie en buvant de l’eau mêlée de poussières recueillies sur les dalles de l’église. A sa mort, pendant la nuit, ce sont les chèvres qui le veillent près de son lit.

Nous assistons à la naissance d’une chevrette. Nous la suivons jusqu’au moment où elle peut se tenir sur ses pattes et suivre le troupeau dans les prés. La chevrette s’éloigne du troupeau, se perd dans la forêt et se couche sous un grand sapin avec lequel elle semble s’intégrer. Dans la prochaine scène, l’animal aura disparu.

Au village, ce sont les saisons qui dictent le rythme de la vie. Ainsi, la tradition veut que l’on célèbre la « Festa de la Pita» en dressant, sur la place publique, un grand sapin abattu dans la forêt voisine.
A cette fin, les villageois font le choix d’un arbre de taille voulue qui est précisément le grand sapin au pied duquel se trouvait la chevrette. Tous efforts conjugués, la population se met à abattre et à élaguer le magnifique sapin, ne lui laissant que la couronne, avant de le trainer et de l’ériger sur la place du village.
Les festivités passées, le sapin se trouve débité et placé dans la meule du charbonnier qui, suivant un rite ancestral, en fait du charbon de bois et en remet les morceaux aux villageois en guise de talisman contre les mauvais sorts.
A la fin de cette présentation d’une grande noblesse d’esprit et d’une magnifique qualité de vision, s’imposent quelques parallèles avec l’épopée d’un âne dans le film de Robert Bresson du titre «Au hasard Balthazar».
Trailer: http://www.frenetic.ch/films/795/de
traduction : François Egli
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