Travail

"Crowdsourcing" un phénomène en expansion

"Crowdsourcing" un phénomène en expansion

Le "crowdsourcing" une extension de l’"outsourcing" est une ouverture de l’externalisation des tâches, faisant appel à une foule de gens pour faire fonctionner des entreprises à moindre coût et contribuer ainsi à leur enrichissement

D’après Wikipedia, " le crowdsourcing est un des domaines émergents du management de la connaissance, qui utilise la créativité, l’intelligence et le savoir-faire d’un grand nombre de personnes, des internautes en général, en sous-traitance, pour réaliser certaines tâches traditionnellement effectuées par un employé ou un entrepreneur. Cela se fait par un appel ciblé (quand un minimum d’expertise est nécessaire), ou par un appel ouvert à d’autres acteurs. Le travail est éventuellement rémunéré…" Selon le journaliste économiste Henk Van Ess (sept.2010)," le  crowdsourcing  consisterait  à  canaliser les besoins ou désirs d’experts pour résoudre un problème et ensuite partager librement la réponse avec tout le monde". Ainsi  Google et Wikipedia sont pour lui  les plus grands utilisateurs de  crowdsourcing. En tant qu’internautes, nous profitons largement de ces contributions bénévoles, quand nous recherchons sur Google des réponses à toutes sortes de questions. Nous y participons également dans une certaine mesure sur seniorweb, quand nous répondons par exemple à l’appel de Wikimedia, dans le but d’étoffer le répertoire de photos de monuments historiques

La validité et la légitimité de ce genre de travail peut être mise en cause, quant à  la propriété intellectuelle, mais aussi à la vérification des données. L’on peut se demander aussi, si cette forme de contribution bénévole ne prive pas éventuellement des personnes d’un emploi rémunéré…des photographes, dans ce cas particulier.

Les participants volontaires offrent  a priori généreusement leurs compétences et  leurs données, et s’estiment en quelque sorte remboursés de leur travail par des résultats dont tout un chacun profitera. L’intérêt général du projet justifie leur participation.

Le  crowdsourcing  dans la vie courante

Nous sommes aussi impliqués, souvent sans nous en rendre compte, dans une forme de sous-traitance gratuite et travaillons malgré nous, à enrichir des entreprises dont les pratiques ne sont pas toujours louables. En tant que clients, nous tombons dans le piège du bas prix de la marchandise et n’imaginons pas, qu’il nous faut mettre la main à la pâte, pour arriver au produit final.

Ainsi les IKEA, MacDo et Cie…qui  offrent du mobilier bon marché ou de la restauration rapide, à des prix défiant leurs concurrents - les  magasins de meubles ou restaurants entre autres - mais obligent le client à assembler lui-même son meuble ou, dans le cas du self-service chez MacDo, à aller chercher le repas au guichet et à débarrasser lui-même les déchets, y compris les emballages. Le client est dans ces cas un travailleur rémunéré à zéro franc. C’est tout bénéfice pour l’entreprise et lui permet, comme à IKEA par exemple, d’accumuler des fortunes colossales. Son fondateur, Ingvar Kamprad, a ainsi multiplié son chiffre d’affaires qui était de 6,3 milliards en 1998,  à 23,1 milliards en 2009/10.

Dans le système IKEA, le bilan se résume à ces termes : "celui qui achète régulièrement chez IKEA, ne dépense pas moins à long terme. Ce qu’il a gagné au cas par cas, il le perd finalement en devant remplacer plus souvent ces objets". En fait, les objets à fabriquer soi-même doivent remplir deux critères : ils doivent être extrêmement bon marché et leur montage ne doit pas excéder les capacités de bricolage du client. Ceci favorise la dictature de l’angle droit et un design primitif de cubes assemblés. Des formes complexes voire décorées originalement, n’y ont pas leur place. Oscar Wilde disait : « le mystère de la vie réside dans la recherche du beau ». Si notre société ne recherche plus que la fonctionnalité et le moindre coût, elle s’appauvrit irrémédiablement. Le système du  crowdsourcing  dans ce domaine n’est pas répréhensible en soi. Le client peut trouver, dans les magasins de meubles, de quoi  imprimer sa touche personnelle au meuble par le choix du bois, des tissus, etc…

Autres objections au crowdsourcing à la IKEA

Dans le système  d’IKEA, il n’y a pas que la mise à contribution « musclée »du client  qui pose problème.

 En 2008 déjà, l’émission Frontal 21 de la chaîne de télévision allemande ZDF dénonçait les pratiques chicanières vis à vis des collaborateurs, allant de la surveillance cachée des entreprises sous-traitantes à l’intimidation des ouvriers engagés ad hoc, souvent obligés de travailler jusqu’à l’épuisement.

Fustigé également par Greenpeace ou WWF à cause de l’emploi de travail d’enfants, il essaya par un « code de bonne conduite », le « IKEA way », de redorer son blason. Difficile à vérifier quand les sous-traitants se trouvent dans le Tiers Monde ou en Chine.

Un système d’intrication qui apparaît donc comme une caricature, mesurée à l’aune d’un trust à échelle mondiale. L’image idéalisée du «multi vert» fut aussi écornée, quant à sa façon de  frauder le fisc via son réseau international d’entreprises de sous-traitance. Un seul acteur de l’économie se permet donc de berner systématiquement ses partenaires, qu’ils soient fournisseurs, collaborateurs, clients, fisc, et… la nature.

Mais parmi ses divers collaborateurs, c’est certes le client lui-même qui est le plus exploité : Il travaille gratuitement et se croit indemnisé par la modicité du prix ! Pour la plupart l’alternative entre les planches à assembler soi-même ou l’achat d’un meuble solide, ne se pose pas. Il lui manque tout simplement l’argent pour se montrer regardant. Jadis un meuble s’achetait pour la vie. Aujourd’hui les meubles assemblés sur le mode" do it yourself ", avec vis apparentes ou surfaces ébréchées, ne font plus exception dans nos intérieurs bourgeois.

Une nouvelle forme d’esclavage ?

Ce système a t’il généré une nouvelle forme d’esclavage ? La question peut sembler saugrenue…mais du temps de la guerre de Sécession en Amérique les esclaves obtenaient vivres et logis comme indemnité, alors que les «travailleurs malgré eux» des temps modernes, n’ont même pas cela. Ils exécutent tout simplement ce que le capitalisme mondial attend d’eux : épargner des frais aux investisseurs.

Ces jours-ci on pouvait voir à la télévision un reportage sur des ouvriers d’un chantier de construction, engagés par un entrepreneur portugais, sous-traitant d’une entreprise de construction allemande sur un chantier en Suisse romande, qui, payés  autour de 3 francs l’heure,  n’avaient même pas de quoi se loger dignement, entassés à dix dans un même local.

Au notre niveau de participation bénévole mais aussi à l’échelle pratiquée à grande envergure, le  crowdsourcing  est bel et bien un non-sens de la politique de marché. Combien d’artisans, de menuisiers, de serveurs de restaurants, d’employés de banques, se retrouvent sans travail parce que le client, sans le vouloir, devient leur plus dangereux rival ?

Dans toutes les branches qui pratiquent le  crowdsourcing  les emplois se font rares, et ceux à qui l’on en concède encore, se retrouvent soumis à une pression croissante ou sont exploités impunément.Pourtant, l’écologie et l’esthétique ne devraient pas être sacrifiées sur l’autel de la rentabilité. Charges et profits devraient être répartis de manière juste entre les divers acteurs. Sinon le  crowdsourcing  pourrait à la longue scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

 

Sources :

Wikipedia

Magazine « Zeitpunkt ». Extraits d’un article de Roland Rottenfusser : « Handwerker wider Willen »

Image: Google commons