Cette journée, organisée par le Centre de gérontologie de l’Université de Zurich (ZfG : Zentrum für Gerontologie der Universität Zürich) et l’Académie suisse des sciences humaines sociales (ASSH) a traité le thème: « Images de la vieillesse – rôles de la vieillesse ». Dans de nombreux exposés scientifiques ont été présentées, dans une perspective interdisciplinaire, les images de la vieillesse que l’on trouve dans la littérature et les médias, les conclusions que l’on peut en tirer sur la discrimination à laquelle sont soumises les personnes âgées, leur place dans la société et entre les générations. Un podium a eu pour thème de discussion des modèles de temps de travail adaptés aux personnes âgées. Plus de 300 personnes étaient présentes.
Engager un débat large et ouvert
A partir de gros titres concrets comme « guerre aux vieux » ou « comment les vieux dévalisent les jeunes », le professeur Caja Thimm, directrice de la section « Science des médias » à l’Université de Bonn a montré que de nombreux préjugés sévissent dans les médias. En résumé, elle a constaté que les médias transmettent des images de la vieillesse très polarisées, que le marché des « consommateurs en argent ?» prend toujours plus de place dans la publicité et que la société ne sait pas très bien comment on doit se comporter avec une génération dont le nombre augmente chaque jour. Pour cette raison elle exige que l’on ouvre un débat large et ouvert sur le rôle des personnes âgées dans la société: dans la politique, dans l’économie, dans les écoles et dans les médias. Il faut utiliser les potentiels de la vieillesse, mais aussi reconnaître les inégalités sociales et les risques de la vieillesse.
Une étude, soutenue par le Fonds national suisse et effectuée par Académie des sciences appliquées de Saint-Gall dans les années 2007 et 2008, montre que la discrimination des personnes âgées est un phénomène fréquent. Comme l’a expliqué dans cette journée M. le docteur Rehberg, professeur de 2002 à 2008 dans les Académies des sciences appliquées de Saint-Gall et de Berne, la discrimination due à l’âge touche surtout les personnes de moins de 30 ans et celles de plus de 80 ans. C’est dans le monde du travail qu’elle est la plus fréquente (une personne interrogée sur trois), suivie de la santé (une sur quatre), des contrats d’assurances, de crédit et de loyer (une sur cinq). En comparaison internationale, au niveau de la discrimination la Suisse obtient le meilleur rang, à côté de l’Allemagne et de la France.
La conception à la base de l’AVS est dépassée
Le professeur Thomas Gätscher, qui depuis 2006 est détenteur de la chaire de droit public, administratif et de la sécurité sociale, a fait un exposé sur l’importance de la vieillesse dans le droit de la sécurité sociale. Il a mis en évidence que l’image que l’on se fait de la vieillesse aujourd’hui ne correspond plus à la conception sur laquelle se basaient les législateurs de l’AVS en 1946, mais que son financement continue à jouir d’un large consentement politique, c.à.d. qu’il permet aux personnes à partir de 65 ans de vivre correctement et en bonne santé. La nouvelle règlementation du financement des soins et l’élargissement des prestations complémentaires aux personnes habitant dans une maison de retraite médicalisée ont retardé le débat de base sur la possibilité d’une élévation ou d’une flexibilisation de l’âge de la retraite. Compte tenu des changements qu’a connus la troisième phase de la vie, Gätscher estime qu’il est urgent de réviser fondamentalement la législation de l’AVS et, qu’à cette occasion, il faudrait tenir compte de la solidarité de l’ensemble de la société.
Société multigénérationnelle
François Höpflinger, professeur titulaire de sociologie à l’Université de Zurich, a fait plusieurs fois rire avec son exposé sur la place sociale des personnes âgées dans un cadre « intergénérationnel ». A l’aide de nombreux transparents, il a montré que la croissance rapide du nombre des personnes âgées a de grandes conséquences sur la structure sociale et générationnelle d’une société. D’un autre côté, l’allongement de l’espérance de vie a pour conséquence que la société se transforme de plus en plus en une société nettement multigénérationnelle. Afin de pouvoir résoudre ces problèmes de l’avenir, « un vieillissement en bonne santé, actif et productif » est, pour Höflinger, indispensable. En ce qui concerne l’échange d’expériences entre les générations, le chercheur du vieillissement exhorte à la prudence. Cela ne peut réussir que si les personnes âgées sont également en mesure de thématiser les limites de leur expérience personnelle et de faire valoir leur savoir d’une façon discrète, quand ils sont en contact avec des jeunes. A partir de l’exemple de la Senior-Design-Factory, il illustre que des projets intergénérationnels auront d’autant plus de chances de réussir que la différence d’âge entre les jeunes et les vieux sera plus grande.
Travailler d’une façon adaptée à son âge
Devons-nous travailler plus longtemps? A la fin de la journée, un illustre podium, sous la direction de Markus Zürcher, secrétaire général de l’ASSH, a discuté sur les possibilités et les limites d’un travail adapté à chaque âge. François Höpflinger, chercheur du vieillissement, a plaidé pour une suppression de toutes les guillotines liées à l’âge. L’économie sera de plus en plus obligée d’utiliser le réservoir de main d’œuvre que représentent les personnes âgées. Günter H. Pfeiffer, ex-membre de la direction de Swisscom et initiateur du Forum démographique suisse, a plaidé clairement pour des modèles de temps du travail flexibles. Deux groupes d’âge en profitent au même niveau: les jeunes qui s’occupent de leurs enfants et les personnes plus âgées qui soignent leurs vieux parents. Le professeur Stefanie Becker, directrice des recherches portant sur le thème « organisation du mode de vie en vieillissant » à l’Académie des sciences appliquées de Berne, a appelé les entreprises à reconnaître le potentiel que représentent leurs employés plus âgés, à leur montrer l’estime qu’ils ont pour eux et à leur offrir des possibilités de formation continue.
Martin Flügel, président de Travail Suisse s’est montré sceptique. Il a rappelé qu’aujourd’hui un tiers des personnes de 63 ans sort du processus de travail pour des raisons de santé. Si l’on veut qu’elles travaillent plus longtemps, il est nécessaire que leur travail soit plus attractif et ait plus de sens. Heinz Altorfer lui aussi, directeur des affaires sociales dans le département culturel Migros pour-cent, ne croit pas vraiment que les employés plus âgés soient tellement motivés à travailler plus longtemps. Dans les cours de préparation à la retraite, il constate chaque fois que, pour beaucoup, la « vraie vie » commence après 63 ans.
Le Prix-Vontobel de 2011
Après la journée, le Prix-Vontobel de 2011 pour la recherche sur le vieillissement a été remis dans le cadre d’une petite fête. Lucia Pagani de Dallas (USA) a reçu le premier prix doté de 15'000 francs; dans son travail, elle a étudié les causes hormonales de la haute ou de la faible qualité du sommeil des aînés. Le deuxième prix, doté de 7'500 francs, a été attribué collectivement à Anne Mascherek et David Weiss, tous les deux de Zurich. Mascherek a choisi pour thème : comment le développement cognitif peut être façonné et stabilisé jusqu’à un âge élevé. Dans son travail, Weiss a étudié comment les personnes âgées utilisent activement l’estimation que l’on fait de leur âge, pour maintenir une image positive qu’elles se font d’elles-mêmes.
Traduction: Catherine Pelli
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