Société

Logements partagés version seniors

Logements partagés version seniors

Voilà quelques années déjà qu’est amorcée la tendance des 50+ d’envisager une forme d’habitat convivial et économique sous un même toit.

Nous connaissions la cohabitation du temps de nos études, toujours actuelle dans le style « auberge espagnole » avec ses querelles de frigo, ou encore l’essor des B&B en Grande Bretagne ou en France qui révèle qu’un nombre croissant de personnes, retraitées entre autres, partagent leur maison ou leur appartement devenu trop grand après le départ des enfants avec des hôtes de passage ou des sédentaires. Ce partage leur permet de voir du monde, de garder des relations vivaces et d’une certaine manière d’arrondir les fins de mois. En période de crise, un aspect non négligeable.

Les logements  partagés qui voient le jour depuis quelques années en Suisse, dans la tranche d’âge 50+, rassemblent sous un même toit, des personnes qui souhaitent une forme de cohabitation plus adaptée à leur nouvelle phase de vie. Une phase de vie post familiale, où l’espace est devenu trop grand pour une ou deux personnes et est mal adapté aux besoins pratiques ou sécuritaires requis à un certain âge. S’y ajoute, pour beaucoup de personnes qui se retrouvent seules, la peur de l’isolement, mais également l’aspect économique. Alors, quitte à se séparer de quelques meubles, ils préfèrent emménager dans  un appartement plus petit et trouver à proximité de voisins attentifs voire serviables. D’ailleurs ces communautés ne comptent pas que des retraités, certaines personnes y sont encore en pleine vie active.

Envisager pareille cohabitation, lorsqu’on ne connaît pas d’emblée d’amis ou de collègues partageant le même objectif, peut se révéler difficile. Il existe des associations, souvent soutenues par Pro Senectute, qui rassemblent des personnes intéressées, favorisent les contacts et la formation de groupes, convoquent des constructeurs pour exposer leurs projets de résidences pour seniors, et soutiennent la recherche de propriétés adéquates. Elles organisent aussi la visite de maisons partagées sur des principes similaires dans divers endroits de Suisse.

Les idées fédératrices

Les critères de recherche se cristallisent généralement autour d’habitats ayant une bonne accessibilité, calmes, à proximité de magasins d’alimentation et de transports publics, ayant des installations adaptées aux besoins de l’âge ou pouvant être mises à jour. Outre les exigences techniques, c’est surtout la bonne entente avec les voisins qu’on s’est choisis, qui importe. Dans la plupart des habitations partagées qui ont fait leurs preuves, les personnes  disposent d’un espace privé, chambres avec cuisine et salle de bains, et d’un espace commun, salle de séjour, de musique, bibliothèque, cuisine, où peuvent aussi se retrouver familles et amis.

Il est évident, que certaines commodités ont leur prix, et que dans un même groupe, les apports personnels diffèrent. Certains groupes préfèrent donc s’associer en coopérative ou créer une fondation, d’autres encore s’inscrivent dans un projet de construction, où chacun met sa quote-part et  s’en acquitte ensuite avec un loyer calculé en conséquence.

Les groupes auxquels on adhère soit par sympathie, soit parce que le projet visé est attrayant, se forment lors de réunions dans des associations, telle par exemple l’AWF ( Andere WohnFormen) à Berne; il en existe dans d’autres régions ou villes de Suisse et c’est par Pro Senectute, l’instigatrice de certains projets, que l’on peut les trouver. Ces associations sont des creusets à idées, servent de guides, aident à l’élaboration d’un projet, savent à quelles autorités il faut s’adresser pour les modalités de contrats ou la création de coopératives. Les adhérents se réunissent en général une fois par mois, pour faire le point, accueillir de nouveaux intéressés, contacter d’autres associations similaires, se passer les bons tuyaux, etc…Toutes ont pour but, d’aider les gens à réduire les embûches qui peuvent surgir après la phase post familiale, lorsqu’ il s’agit de préparer  une autre forme de vie, en restant autonome le plus longtemps possible et en évitant de se retrouver seul ou isolé. Il y a des attentions entre voisins, qui peuvent dépanner, sans que l’on se sente appelé à être infirmière ou bonne à tout faire dans la maison. Le moment venu, en cas de maladie, on peut toujours faire appel à des aides à domicile, mais le passage en maison de retraite peut se reporter à bien des années plus tard, au grand âge.

Des exemples qui ont fait leurs preuves

Une des premières initiatives du genre, dont on a parlé à la radio et qui a été montrée à la télé, existe depuis 2002 à Berne. Quand le « Stürlerhaus », une maison historique du XVIIème  siècle a été mis en vente, une Bernois,Bettina Steinlin a, sur un coup de cœur, pris l’initiative de mobiliser quelques seniors pour racheter cette belle demeure toute proche du centre, en fondant une coopérative. Après les travaux de réfection et d’aménagement, trois couples et quatre célibataires ont pris possession des lieux, appartements individuels (45 à 104 m2), adaptés aux chaises roulantes, avec cuisine et salle de bain. Le tout agrémenté de cinq pièces communes, dont un espace culturel plus un jardin. Un mélange harmonieux entre vie privée et commune. Les tâches sont réparties entre les habitants et des réunions bimensuelles sont prévues pour régler toutes les questions qui peuvent surgir dans la cohabitation. Un cas presqu’idéal, mais pas à la portée de tout un chacun : 2100 francs pour 95 m2 par exemple, charges et participation à l’entretien des lieux collectifs inclus. La propriété entre plutôt dans la catégorie haut de gamme et ses habitants en sont fiers ! Fiers aussi de faire visiter et d’expliquer leur forme de vie en communauté. « L’exemple type d’une cohabitation réussie » entre jeunes seniors et aînés.

Il y en a d’autres moins cossues, en pleine ville ou à l’extérieur, pour ceux qui préfèrent la verdure. Chaque communauté suit l’idée qui a généré la création du groupe et le mode de vie qu’on y projetait.

 Ainsi la grande propriété « 55plus » dans le quartier populaire de la Lorraine, non loin de la gare, achetée et aménagée par deux architectes, avec le souci de rester très ouverte au voisinage, organise pour ses voisins et sympathisants les traditionnelles réunions pour « la soupe de pleine lune », qui se fait soit dans le jardin, en été, ou dans la salle et cuisine commune des pièces communes, dont fait partie également un studio pour les visites, famille ou hôtes de passage.Ou encore le groupe, « HausSein », qui a acquis une grande maison de la vieille ville, toute proche du théâtre, du Casino, des bibliothèques, des magasins et a transformé cette ancienne maison à bureaux, en appartements avec cuisine, salle de bains, une ou deux, voire trois chambres, ainsi qu’un local-salle de séjour commune, et une pièce de méditation ouverte à tout le monde.

D’autres groupes se sont plutôt orientés vers les communes limitrophes pour être plus près de la nature.

Il semblerait, que l’expérience de cette forme d’habitat partagé, n’ait pas encore fait beaucoup d’émules en Suisse romande. Un exemple concret a été cité il y a quelque temps dans Générations Plus, à Cressy dans la banlieue genevoise. Un grand appartement avec cinq pièces individuelles, une salle à manger, une cuisine, un coin séjour et une auxiliaire de vie, pour faire à manger trois fois par jour. Une sorte de grande famille, où chaque pensionnaire met ses étiquettes sur les produits qu’il entrepose au frigo, une manière de marquer son territoire. Un projet assez souple sur le plan financier, mais qui d’après Pro Senectute Genève ne séduit encore guère les seniors valides et  avides d’autonomie. « Cette manière de vivre n’est pas encore entrée dans les mœurs, mais cela pourrait changer avec les nouvelles générations de retraités » commente Jacqueline Cramer, directrice de ProSenectute Genève. Pour elle, qui fait également partie du groupe Habitat seniors de la Plateforme des aînés de Genève, « ces différentes approches, bien qu’encore rares, s’inscrivent dans une réflexion générale sur les manières alternatives qu’on les papy- et mamy boomers de se loger…mais gageons que demain d’autres possibilités, bâties sur les essais actuels, seront sous toit ».

« L’habitat des seniors est un secteur immobilier à l’aube d’un fort développement en Suisse romande. Les coopératives y ont une place privilégiée qu’il faudra exploiter ! » note Guy Nicollier dans son éditorial sur les Projets de vie pour seniors.

Vous pourrez trouver de plus amples informations sur internet :

www.habitation.ch/archives.3.06.pdf  pour la Suisse romande ou

à Berne : www.awfbern.chqui se présentera le samedi 29 octobre chez Pro Senectute. Pour plus de renseignements ou inscription : info@awfbern.ch