Causes et facteurs de risque
Les cas de dépendance ne s’expliquent pas par une structure globale typique de la personnalité ou par des facteurs déclenchants incontestables. Les causes du développement d’une addiction propre à une tranche d’âge sont multiples et commencent seulement à être étudiées. À l’époque, les anciennes générations avaient des tâches importantes au sein de la communauté et jouissaient du respect de tous. La société européenne du 21ème siècle est orientée vers la jeunesse. Être en bonne santé, attrayant et performant est aujourd’hui mis en avant et amène un certain prestige. Devenir vieux, par contre, c’est perdre ces qualités, ce qui conduit beaucoup de personnes vieillissantes à douter d’elles-mêmes et à avoir un sentiment de dévalorisation. Pour bon nombre de nouveaux retraités, la période juste après la retraite est une étape très difficile. Ils ont de la peine à trouver leurs repères car les contacts professionnels disparaissent et le réseau social se réduit aussi. De plus, chacun doit s’accommoder des conséquences directes de son propre vieillissement. C’est pourquoi le risque de tomber dans une dépendance à l’alcool ou aux médicaments est aggravé par plusieurs facteurs tels qu’une mise à la retraite, une nouvelle situation de vie, un réseau social qui s’amenuise, une perte de ses capacités physiques ou intellectuelles, des insomnies, un sentiment d’inutilité, une crise d’identité, un retrait de la vie sociale, un sentiment de solitude, un décès, une angoisse, une dépression, une prescription de médicaments hâtive sans une relation de confiance avec le médecin.
Tous ces facteurs peuvent favoriser le développement d’une addiction. Les femmes sont les plus touchées car elles vivent plus longtemps et sont plus souvent confrontées à la perte de leur conjoint en restant seules. Des événements de vie critiques amorcent alors la dépendance à un médicament qui sera prescrit tout d’abord pour aider la personne à passer un cap difficile de sa vie. La prise de tranquillisants et de somnifères contenant des benzodiazépines peut induire une dépendance après quelques semaines à très petite dose déjà. Chez la personne âgée, le ralentissement du métabolisme et l’excès de tissus graisseux par rapport à l’eau font que les substances absorbées, même à petites doses, n’ont pas les mêmes effets que sur un corps jeune. Elles se dégradent par ailleurs plus lentement et agissent plus longtemps.
Une spirale descendante
[[wysiwyg_imageupload::]]On voit très souvent se développer un abus de substances addictives chez la personne âgée ayant des problèmes psychiques, comme une dépression, par exemple, ou des troubles de la perception. Ceci a une forte incidence sur son quotidien. Cet abus entraîne une multiplicité de dommages organiques tels que des troubles de la mémoire, des affections du foie, des chutes dues à des difficultés de coordination ou des maladies cardiovasculaires. Le fait de se sentir isolé accroît encore ces comportements de dépendance. Une addiction amoindrit la capacité du sujet à gérer le stress et augmente sa vulnérabilité psychique. Les problèmes psychiques et psychiatriques de l’addiction qui en découlent comme la dépression, les idées suicidaires, le délire, un développement paranoïaque, un comportement de retrait, un sentiment d’abandon ou des conflits avec l’entourage accentuent encore cette spirale descendante. Ainsi beaucoup de personnes alcooliques s’isolent de plus en plus, se séparent de leur partenaire, perdent leur réseau social. Elles ne sont plus suivies et contrôlées par leur entourage proche, ce qui a pour conséquence de ne pas identifier les problèmes suffisamment tôt. De plus, les médecins traitants ne réagissent pas de manière toujours appropriée aux problèmes d’addiction.
Qu’est-ce qui entrave la sortie d’une dépendance et qu’est-ce qui la facilite ?
Il est risqué de laisser des personnes âgées déjà dépendantes gérer la prise de leurs médicaments. Leur prescription devient quasiment une habitude et n’est pas considérée sous un angle critique. Les abus et la dépendance à l’alcool lors de consultations médicales ne sont souvent pas pris en considération. La mise en place d’une intervention n’est, par conséquent, tout simplement pas amorcée. Une autre raison pour laquelle personne ne peut intervenir est que les personnes âgées vivant seules ne bénéficient plus du contrôle social de leur entourage. Les comportements de dépendance restent cachés et ne peuvent pas être traités. Les sentiments de honte envers sa propre dépendance peuvent amener la personne à s’isoler encore plus, de sorte qu’elle ne demandera aucune aide extérieure ni ne sollicitera un traitement ambulatoire ou une thérapie. Et puis il y a aussi le regard que portent les aînés sur les substances addictives. Fumer, par exemple, n’est pas perçu comme dommageable pour la santé par cette tranche d’âge de la population qui a grandi avec des produits à forte teneur en nicotine et est restée fidèle à ceux-ci, même si aujourd’hui il existe sur le marché des tabacs moins dosés en nicotine.
Les conditions qui peuvent favoriser l’arrêt de substances addictives dépendent de plusieurs facteurs. Certains ne sont pas directement influençables comme le haut niveau de formation et le fait d’être une femme. D’autres facteurs peuvent être influencés. On peut par exemple prévenir les récidives, impliquer l’entourage social, intervenir avec des méthodes spécifiques à l’âge et expliquer les dangers potentiels et les effets des différentes substances.
Comment identifier une possible addiction ?
En tant que professionnel de la santé ou simple accompagnant d’une personne âgée, il est possible d’identifier une addiction à travers différentes complications rencontrées dans le cadre d’une consommation chronique dommageable ou d’une dépendance à une substance addictive. Cela doit être particulièrement le cas :
· si la personneprésente des complications physiques telles qu’une affection d’organes (foie ou système nerveux), une malnutrition, une résistance amoindrie aux maladies, des accidents (lésions dues à des chutes) ou des crampes musculaires,
· si les complications sont d’ordre psychique comme un étatconfusionnel, une instabilité émotionnelle, une désinhibition, des pensées suicidaires, des idées délirantes (paranoïa) ou une démence,
· et enfin si la personne âgée a des problèmes d’ordre social tels qu’un comportement inadapté au volant, un manque d’hygiène et qu’elle devient un fardeau pour l’entourage ou est en conflit avec son voisinage.
Interventions
Dans le but de prévenir ou de mettre fin à une dépendance ou à un abus, il faut faire la distinction entre les interventions précoces et les interventions visant à une sortie de dépendance.
Les interventions précoces ont pour but de prévenir l’apparition d’une dépendance. Le nombre croissant de personnes âgées dans notre société et les habitudes de consommation qui évoluent demandent une nouvelle approche dans la prévention et les techniques d’intervention. Celles-ci consistent principalement à informer les aînés sur les risques encourus, à les aider à exercer un contrôle sur leur consommation, à être plus critiques sur eux-mêmes et à renforcer l’aide médicale et les soins à domicile. Il faut aussi améliorer la collaboration entre les différents intervenants ayant contact avec les personnes âgées.
Pour les interventions visant une sortie de la dépendance, il est indiqué que des professionnels rendent visite à domicile aux personnes âgées afin de détecter une éventuelle dépendance, qu’ils les motivent à suivre un traitement. Il vaut toujours la peine de sortir d’une dépendance, même si l’on est âgé. Les femmes sont particulièrement ouvertes à ces interventions. La qualité de vie s’en trouve améliorée et les coûts liés aux traitements sont aussi diminués. Chez les patients stationnaires, les méthodes thérapeutiques visant à réduire progressivement les doses administrées ou à les substituer momentanément par des substances de remplacement ont fait leur preuve.
En conclusion, il faut admettre qu’il reste très difficile d’identifier une addiction chez nos aînés. Elle est souvent ignorée ou considérée comme négligeable. Pour agir d’une manière optimale, il faut faire la distinction entre chaque groupe de patients, groupes âgés et jeunes et entre hommes et femmes, il faut aussi prendre en considération les facteurs spécifiques liés à la migration et adapter les mesures selon les spécificités locales de chaque région.
______________
Vous pouvez télécharger gratuitement du matériel d’information sur le site www.addiction-info.ch ou le commander en envoyant une enveloppe (C5) affranchie à votre nom à:
addiction info suisse, Av. Louis-Ruchonnet 14, Case postale 870, CH-1001 Lausanne
Tél. 021 321 29 11 ou Fax 021 321 29 40
Source: „Suchtprobleme im Alter – es gibt Lösungen!“ Addiction │ Info │ Suisse, brochure éditée par le canton de Zürich en collaboration avec la Zürcher Fachstelle zur Prävention des Alkohol- und Medikamenten- Missbrauchs (ZüFAM). N’est pas disponible en français.
Photos: © Dieter Schütz, Helmut J. Salzer / PIXELIO'
|
|
Twittern |