Culture

«Le gamin au vélo»  – A la recherche du père

«Le gamin au vélo» – A la recherche du père

Il arrive parfois que, malgré tous nos efforts, nous n’arrivons pas à trouver le contact avec des jeunes dits «difficiles» que nous rencontrons ou dont nous avons entendu parler.
Auteur: 
Hanspeter Stalder

 

Nous sommes rejetés, faisons face à la violence et sommes totalement impuissants, même si notre situation est de toute évidence misérable. Le film primé «le gamin au vélo» a pour thème un tel adolescent, comme d’ailleurs tous les autres excellents films réalisés par le couple de cinéastes belges Jean-Pierre et Luc Dardenne. Peut-être que ce type de film conçu dans le monde artistique peut dans certains cas aussi apporter une certaine aide dans le monde réel. Dans «le gamin au vélo», Cyril, un jeune garçon d’environ douze ans (ce Thomas Doret est d’une authenticité bouleversante!), n’a qu’un seul souhait: il voudrait retourner chez son père qui l’a placé pour un temps indéterminé dans un foyer d’enfants. Au cours de sa recherche mouvementée, il rencontre par hasard Samantha, la propriétaire d’un salon de coiffure (jouée par Cécile de France, la seule actrice professionnelle dans l’équipe). Elle est disposée, comme une mère de remplacement, à prendre chez elle le jeune garçon pendant le weekend. Cependant, il a beaucoup de mal à accepter la chaleur qu’elle lui offre. Il fait de mauvaises rencontres, et Samantha ne sait plus comment l’aider. Un vélo, qui fait penser au film «Ladri di biciclette» (1948) de Vittorio de Sica et à son humanisme néoréaliste, joue aussi un rôle.

Cyril et Samantha dans un rare moment de bonheur

Avec une dramatique intérieure intense, les auteurs racontent l’histoire pathétique de ce jeune garçon qui recherche éperdument son bonheur. C’est la musique qui montre comment l’histoire doit être lue: elle prend le caractère d’une vérité universelle, comme Robert Bresson qui, avec Mozart, avait transformé son polar «Pickpocket» (1959) en un jeu de mystères. On entend souvent dans «le gamin au vélo» des consonances tirées du cinquième concerto pour piano de Beethoven, justement dans les moments où Cyril est dépassé, abandonné, rejeté et anéanti. Ainsi, ce film va au-delà de la psychologie et devient une parabole de la condition humaine.

Tout cela vous prend aux tripes, rentre dans notre corps. De tels films sensibilisent les yeux et les oreilles et ouvrent finalement les cœurs aux «damnés de cette terre», qui existent aussi chez nous, ces êtres qui sont passés à travers toutes les mailles du filet social et qui maintenant souffrent. Même si chez nous, dans un premier temps, un enfant ne peut pas être aidé, au moins sa souffrance devrait être reconnue quand on la rencontre. La leçon que nous devons en tirer est semblable à celle que nous éprouvons dans un conte: dépasser le sentiment de pitié vis-à-vis de l’autre pour être avec lui, ce qui, selon Thomas d’Aquin, est une condition indispensable pour être authentique.

Jean-Pierre et Luc Dardenne

Ces quinze dernières années, les frères Dardenne (nés en 1951 et 1954) ont créé une œuvre qui les a élevés au rang des représentants les plus importants du cinéma belge et des régisseurs les plus reconnus au niveau international grâce aux nombreux prix qu’ils ont reçus. Jean-Pierre et Luc Dardenne, «les travailleurs sociaux du cinéma», marient l’art du cinéma et la philosophie sociale et devraient donner une impulsion nouvelle aux travailleurs sociaux et à tous ceux qui s’intéressent à la vie sociale.

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Pour ceux/celles qui aimeraient savoir comment un tel film naît, quelles idées ont été à la base du travail des auteurs, nous recommandons la lecture de l’interview que les deux frères ont accordée sur ce film:

Interview avec Jean-Pierre et Luc Dardenne sur le film

 

www.xenixfilm.ch

Auteur: Hanspeter Stalder, traduction: Catherine Pelli, Annelise Délèze

 

 

Commentaires

Portrait de Irène Frei

le gamin au vélo

Ce film m'a bouleversée...j'ai ressenti la douleur de ce gamin jusque dans mes tripes! Incroyable aussi, qu'un enfant de cet âge puisse interpréter un rôle aussi difficile de manière aussi authentique!

Pour moi cette histoire ne se réduit pas à la recherche du père. Sans vélo, le pauvre ne peut rien faire , et l'on voit à l'acharnement qu'il met à le défendre, qu'il ne peut pas vivre sans. Au début, quand il s'enfuit, c'est pour retrouver son vélo, qui est sensé se trouver chez son père et le drame prend toute son ampleur, quand il voit, que son père non seulement l'a abandonné mais a aussi vendu son vélo, sans lui en faire part. Une histoire terrible!

irène

Portrait de margaret

L'interview est aussi fort intéressant à lire ...


Sans avoir vu le film, je dirais:  voilà ce que c'est  -  l'ART.  Rendre visible/tangible(?) ce qui ne peut être décrit par les mots.  Accro des mots, je la ressens souvent, cette limitation de la langue  -  véhicule principale mais tellement imparfait de la communication humaine.  Douée pour les mots mais par ce fait peut-être déficiente en d'autres domaines, je me heurte souvent aux "limites des idées bien casées". 

Les mots (abstraits) me frappent, pour ainsi dire, comme des idées ligotées  -  un fait, qui nous empêche de non seulement représenter par nos paroles, mais même de penser le monde tel qu'il est;  un fait, qui nous retient en prisonniers/-ères dans les rails des idées reçues par notre aire culturel, notre génération, des conventions. 

La langue est quelque-chose de...  linéaire, qui ne peut rendre justice à une matière aussi évanescente, peu saisissable.

(On les voit clairement, les casiers, en comparant le second/troisième/quatrième sens d'un mot particulier dans des langues différentes...) 

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Je vous remercie très sincèrement:  Hanspeter d'avoir écrit l'article et Catherine et Annelise d'avoir traduit les deux textes !

PS.  D'accord.  Je me demande aussi ce que ça a à foutre avec le film.  Ce sont des pensées que la lecture a fait renaître et qui m'ont hanté dans (et depuis) ma jeunesse.

 

 

Osez l’autre dans sa différence !
(Philippe Pozzo di Borgo)